La Planète des singes : les origines – Rupert Wyatt (2011)

Encore une fois, il faut se méfier des apparences. J’ai découvert l’existence de ce film à peine deux semaines avant sa sortie, par une imposante campagne d’affichage puis une bande-annonce à la VF catastrophique et pleine de spoilers vue en salles. Instantanément classé dans la catégorie blockbuster pompier, je ne serais sans doute jamais allé le voir sans un bouche à oreille étonnamment positif. Parfois, les surprises ont du bon.

Prequel au mythique La Planète des singes, le film se concentre sur les faits ayant permis aux singes de devenir aussi intelligents et de prendre le pouvoir sur les hommes. A la recherche d’un traitement contre Alzheimer qui pourrait sauver son père, un jeune scientifique (James Franco, ici sobre mais impeccable) met au point une substance permettant de régénérer les cellules du cerveau. Les tests sur des chimpanzés s’avèrent très concluants…

Premier point d’importance : les effets spéciaux. Cette question est au coeur du film puisque le personnage central n’est point le personnage du scientifique mais bel et bien celui du singe (Andy Serkis). Contrairement aux films précédents, point de prothèses ici (le procédé était impressionnant à l’époque des premiers films, catastrophique dans celui de Tim Burton, revoyez la tête de la pauvre Helena Bonham Carter pour vous en convaincre). Les singes sont cette fois numériques, créés à partir des performances d’acteurs en chair et en os. J’ai rarement été satisfait des animaux insérés numériquement dans un monde « réel » auparavant, l’effet étant tellement visible qu’il crée un décalage systématique et empêche l’immersion. C’est ce que j’ai crains dans les premiers plans. Pourtant, la qualité des textures mais encore plus l’expressivité des chimpanzés permet de passer très vite outre. L’utilisation de la performance capture permet de faire de chaque singe un personnage à part entière avec sa personnalité et sa gamme d’émotions. Et cela ne se réduit pas qu’au singe central, mais à tous les « protagonistes ». A leurs côtés, ce sont finalement les personnages humains qui nous paraissent insipides !

Le choix des singes numériques permet au réalisateur de se permettre des plans-séquences impressionnants suivant un ou plusieurs singes en pleine course. Parfois abusés (les petites roulades pour se réceptionner des chutes !), ceux-ci se révèlent particulièrement immersifs et agréables à suivre. Il est d’ailleurs amusant de voir comme il filme les singes en pleine pose, ce qui pourrait sembler caricatural avec des hommes mais donne ici au film un impact visuel assez particulier.  Autre moment de grâce, l’arrivée du singe dans le zoo est digne des meilleures thrillers carcéraux (un singe qui crie ça fait peur). Lors de la dernière partie très spectaculaire, on oscille entre plaisir devant l’ingéniosité de ces animaux qui déploient des chefs d’œuvre de stratégie (le tout montré de manière très lisible) et le regret d’une certaine exagération : les singes semblent tout à coup animés d’une invraisemblable force surnaturelle (le gorille attaquant un hélicoptère est digne de Mega Shark Vs Giant Octopus).

Autre plaisir provoqué par le film, celui-ci soulève quelques questions et paradoxes de science-fiction à l’ancienne (on note d’ailleurs quelques subtils clins d’œil au premier opus). Le traitement de la révolte des animaux est fait de manière plutôt intelligente : les personnages humains sont certes des caricatures (notamment les « méchants »), mais la manière d’évoluer des singes est assez fascinante et tient le spectateur en haleine jusqu’au bout. Je craignais d’ailleurs que le film veuille aller trop loin à la fin mais au contraire, sans spoiler, le film évoque la « chute » des hommes de manière très subtile et graphiquement réussie.

Le « ghost shot » :

Un plan qui marque d’abord par son excellente composition et son petit effet de surprise (on voit d’abord l’homme puis la caméra part en l’air), mais aussi par la symbolique qui s’en dégage. Pour la première fois, ce n’est plus un seul singe qui parait humain mais bel et bien tout le groupe de singes (avec la position debout), laissant entrevoir la possibilité crédible d’une véritable « civilisation ».

Question bonus : on a bien récompensé Nicole Kidman et son faux-nez, alors à quand un Oscar pour Andy Serkis ?

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