Interview – Min Yong-keun (Re-encounter, 2010)

Rencontre avec Min Yong-keun, le jeune réalisateur coréen du film Re-encounter, qui sera diffusé cette semaine lors de la 6ème édition du Festival Franco-Coréen du Film.

Pouvez-vous nous éclairer sur votre parcours jusqu’à la réalisation de votre premier long-métrage ?

J’ai suivi des études de cinéma à l’université Hanyang. J’ai réalisé plusieurs courts. Après avoir fini mes études, j’ai choisi de rejoindre une équipe de production de films documentaires plutôt que de fictions. Pour moi la relation entre le documentaire et la fiction est celle de deux miroirs qui se reflètent l’un et l’autre. Je voulais également me forger de l’expérience, c’est pour cela que j’ai changé un peu de chemin. J’ai donc réalisé des documentaires pendant 4 ans pour l’émission « Reportage de  terrain : la 3ème zone » de la chaîne KBS. Pendant 2 ans, j’étais assistant réalisateur et pendant les 2 dernière années, j’étais réalisateur. En 2005, j’ai arrêté ce travail et j’ai commencé à préparer des films tout en travaillant en tant que producteur d’émissions de télé sur le cinéma pour une chaîne câblée.

En 2006, avec le soutien du KOFIC (Korean Film Council) et de Kodak, j’ai réalisé un court-métrage, The little Thief. En 2009, j’ai réalisé un segment du film omnibus One night stand (le titre de la version court-métrage est A fever), qui a été choisi comme film d’ouverture par le Festival de Film Indépendant de Séoul. En 2010, j’ai réalisé mon premier long-métrage Re-encounter. A présent, je suis producteur d’une émission télévisée sur le cinéma et je prépare mon prochain film.

Etait-il difficile de trouver les financements pour le film ?

En fait, il est difficile de trouver des financements pour tous les films. C’était aussi le cas pour Re-encounter. J’ai terminé le scénario en 2008 et j’ai fait une demande d’investissement à plusieurs sociétés de production, mais ce n’était pas facile puisque le scénario ne comporte pas d’histoire commerciale. J’ai donc décidé de réaliser ce film avec moins d’argent. En 2009, j’ai obtenu un prix dans un programme organisé par la SFC (Seoul Film Commission) et le KOFIC pour le soutien à la production de films indépendants et j’ai eu 100 million de Won (environ 60 000€). Go Young-jae, qui a produit Old Partner (ndlr : documentaire indépendant carton surprise du box-office 2008-2009) et Lee Chung-ryeol, qui a réalisé ce film, m’ont aidé. Pendant la post-production, j’ai été sélectionné dans par l’ACF (Asian Cinema Fund) et leur programme de soutien à la post-production organisé par le BIFF (Busan International Film Festival). Tous les travaux comme le mixage, l’étalonnage et la création des masters ont été effectué grâce à ce soutien.

Finalement, Re-encounter a été réalisé de manière plus stable par rapport aux autres films indépendants grâce à tout ce système de soutien (KOFIC, SFC, BIFF) et aux sociétés de productions.

Le film a attiré plus de 10 000 spectateurs, ce qui est un bon score pour un film indépendant en Corée. Ce succès vous ouvre-t-il de nouvelles portes ?

Dans le cinéma indépendant coréen, le fait de réunir 10 000 spectateurs est quelque chose de méritant. Donc, si un film fait plus de 10 000 spectateurs, la presse s’intéresse au film ou bien il y a une fête pour le féliciter. Toutefois, ce chiffre n’est qu’un chiffre symbolique, et cela ne recouvre pas les frais de production. Un film d’art et essai étranger peut réunir 40 000 à 50 000 spectateurs alors qu’un film indépendant coréen seulement 10 000.

C’est dommage, mais tout de même après la sortie de Re-encounter, le réalisateur, les différents membres du staff et les acteurs ont attiré l’attention et ont reçu beaucoup de propositions.

Comment voyez-vous la suite de votre carrière à présent ? Seriez-vous intéressé pour réaliser un blockbuster si on vous le proposait, ou bien préféreriez-vous faire quelque chose de plus personnel ?

Mon rêve en tant que réalisateur, c’est de réaliser des films durablement jusqu’à ce que je devienne grand-père. Que ce soit un film commercial ou un film indépendant/art et essai, un documentaire ou un drame, ce n’est pas important. Je pense qu’il est important de réaliser des films en permanence si les conditions sont propices. A présent, je voudrais m’entraîner et gagner de l’expérience à travers divers films. C’est la raison pour laquelle je voudrais que mon prochain film soit réalisé dans d’autres conditions, avec une autre dimension et qu’il raconte une autre histoire.

Je crois que ces expériences diverses me donneront la force de réaliser des films. Dans un film de genre, on peut trouver une histoire personnelle et inversement. Je voudrais traverser les terrains du film commercial et du film d’art et essai, et je voudrais réaliser un film qui détruit cette frontière.

Dans Re-encounter, malgré la nature tragique de l’histoire, le film semble toujours « vivant ». Les personnages et l’atmosphère ne sont pas complètement écrasés par le drame. Etait-ce votre objectif ?

Quand je réalisais ce film, ma priorité était l’image de nos vraies vies. Dans nos vies, même dans une situation tragique, quelque chose de drôle peut se produire ou des gens peuvent montrer leur vraie nature. Je pensais qu’il n’était pas nécessaire de présenter les personnages pour développer l’histoire, et qu’en suivant  les actions et les sentiments des personnages, l’histoire se déroulerait naturellement.

J’ai une idée fondamentale : il ne faut pas subordonner les personnages au développement de l’histoire ou au sujet principal du film. J’ai voulu que les sentiments des personnages soient le centre du film, et non l’histoire elle-même. Dans le livre de Robert Bresson, Notes sur le cinématographe, il y a une phrase : Que ce soit les sentiments qui amènent les événements. Non l’inverse. Je pense que cette phrase est très importante.

Le cadre semble composé avec attention pour capturer les émotions des personnages. Quelles ont été vos influences pour ce film ?

L’importance du gros plan est très grande dans Re-encounter. Lorsque le visage d’un personnage est peu expressif, il inspire plus de sentiments et dégage une atmosphère particulière. Quand j’ai réalisais des documentaires, j’ai souvent eu l’opportunité d’observer le visage des gens dans une situation réelle. Ces visages que j’ai vus se sont montrés touchants lorsqu’un petit changement d’expression a laissé apparaître ce qu’ils avaient caché auparavant.

J’ai souhaité que ce genre de visage expressif et de sentiments apparaissent avec délicatesse. Une nouvelle de Raymond Carver m’a beaucoup influencé en ce qui concerne la forme du film. Cette nouvelle est constituée de phrases courtes et simples et expriment des sentiments abondants et mystérieux qu’on ne peut pas exprimer en deux phrases. Je voulais que les scènes de gros plans simples s’accumulent et nous donnent des vibrations plus subtiles. Je pense que je suis beaucoup influencé par mes expériences de documentaires, la nouvelle de Carver et les films de Bresson.

J’ai trouvé les deux jeunes acteurs, Yoo Da-in et Yoo Yeon-seok, excellents. Comment les avez-vous découvert et comment avez-vous travaillé avec eux ?

Yoo Da-in avait joué dans des séries et des publicités, mais elle n’était pas connue en tant qu’actrice. Nous avons eu un entretien organisé par mon assistant et je me suis intéressé au caractère de cette actrice. Elle n’a pas montré facilement ses sentiments et elle n’a pas beaucoup parlé, mais je sentais que ses sentiments étaient sincères à chaque fois qu’elle parlait. Elle avait presque le même caractère que Hye-hwa. Et puis, son visage donnait une bonne impression en gros plan. Suivant les angles de la caméra, son visage laissait des empreintes différentes et comportait beaucoup d’émotions. C’est pourquoi j’ai décidé de la prendre comme héroïne.

Yoo Yeon-seok a joué le rôle de l’acteur Yoo Ji-tae jeune dans Old Boy. Je l’ai vu pendant l’audition et il avait presque la même apparence que le personnage de Han-soo. Mais surtout, il a très bien joué. J’ai beaucoup apprécié son regard anxieux et tremblant quand il a lu les dialogues.

Comme tous les deux débutaient, on a pu discuter pendant assez longtemps avant le tournage. Ils se sont entraînés avec des monologues de théâtre. Nous nous sommes également rendus sur le lieu du tournage et nous avons filmé et monté quelques scènes comme dans le story-board. Avec ce travail, nous avons beaucoup discuté avant de tourner le film. La durée du tournage n’étant pas longue, il nous fallait une préparation rigoureuse.

Pouvez-vous expliquer le titre coréen du film, Hye-hwa, dong ?

C’est la question la plus posée quand j’ai l’occasion de débattre du film avec le public. Le titre coréen est Hye-hwa, dong. Certes, il existe à Séoul le quartier de Hye-hwa (Hye-hwa-dong), mais ce film n’a rien à voir avec ce quartier. Si vous observez bien le titre, il y a une virgule entre Hye-hwa et dong. Hye-hwa est le prénom de l’héroïne, mais c’est la définition de « dong » qui est importante. Selon le caractère chinois qu’on utilise, on peut avoir plusieurs interprétations.

Au début de la rédaction du scénario, j’ai utilisé 童 (dong : enfant). Donc c’était Hye-hwa et l’enfant. Mais quand nous avons fait le monitoring, des gens m’ont donné leurs avis. Certains m’ont demandé si ce n’était pas 冬 (dong : l’hiver) puisque le film donne une impression hivernale. Et d’autres m’ont demandé si ce n’était pas 動 (dong : bouger) parce que le cœur de Hye-hwa « bouge » continuellement. J’ai pensé que toutes ces opinions étaient importantes, donc je n’ai pas mis de caractère chinois. Le sens de Hye-hwa et l’enfant est bien, tout comme L’histoire hivernale de Hye-hwa ou encore Le cœur qui bouge de Hye-hwa. Pour laisser des interprétations multiples, j’ai choisi Hye-hwa, dong sans caractère chinois. Après la sortie, des spectateurs m’ont donné d’autres définitions de ce « dong ». Hormis les trois exemples, il y a aussi 憧 (manquer) et 疼 (souffrant), etc.

Il y a donc plusieurs interprétations possibles pour le titre Hye-hwa, dong.


Un grand merci à Min Yong-keun d’avoir répondu à nos questions et à Kim Hyewon pour la traduction. Plus d’informations sur les séances du film sont disponibles sur le site officiel du Festival Franco-Coréen du Film.