Super – James Gunn (2010)

Encore une excellente surprise à l’Etrange Festival ! Demi-surprise en réalité puisque sur le papier, la perspective de voir Rainn Wilson (l’inénarrable Dwight Schrute dans la série The Office) s’improviser super-héros du dimanche en compagnie d’Ellen Page était quand même pour le moins prometteur. Il interprète donc ici Frank Darbo, honnête citoyen vivant tranquillement avec son ex-junkie de femme (Liv Tyler, ridée, beaucoup mieux que dans la pub Givenchy). Mais un jour, celle-ci le quitte pour un petit parrain de la drogue (Kevin Bacon, qui aurait sa place chez les Coen avec ce rôle). Désespéré, il décide d’endosser le rôle du justicier masqué The Crimson Bolt.

Super est habilement construit, s’appuyant sur un récit en trois parties marquant la progression du personnage vers son objectif final. La première introduit Darbo et sa réaction au choc que constitue le départ de sa femme. Ceux qui connaissaient déjà Rainn Wilson ne seront pas trop dépaysés. Il incarne encore une fois un personnage psychologiquement en marge de la société, guidé par une naïveté affectant le moindre de ses jugements, même s’il le fait ici de manière moins démonstrative que dans The Office. Son interprétation parfaitement sérieuse et pince-sans-rire fait mouche à de multiples reprises : l’un de ses premiers réflexes est donc d’aller voir la police pour porter plainte contre l’homme qui lui a « volé » sa femme. Filmé avec une caméra portée, le film évoque alors un cinéma indépendant plus « sérieux », l’humour absurde en plus.

La deuxième partie voit Darbo se transformer en super-héros et rend le film de plus en plus jouissif. D’abord, Super fourmille de références et de clins d’oeil à la culture comics et nous gratifie de quelques discussions philosophiques assez jouissives à propos des super-héros comme l’efficacité de leur armes ou la qualité de leurs sidekicks. Sur un ton parodique, le film joue beaucoup sur la mythologie associée aux super-héros, et le décalage entre cette vision fantasmée et la réalité. Ainsi lorsque The Crimson Bolt débarque dans les rues pour mettre fin à la terreur, il trouve celles-ci étonnamment calmes. Il est également confronté à des ennemis plus forts que lui, doit préserver son identité malgré les suspicions de ses amis, etc. Autant de situations absurdes et décalées qui s’amusent du genre.

Le rapport à la violence dans le film est également très particulier. D’un côté la naïveté des personnages fait pencher le récit vers la fable, de l’autre elle les rend également inconscients dans l’usage de la violence. On a donc ce contraste entre un personnage en apparence incapable de faire du mal à une mouche et un super-héros qui explose la tronche de pédophiles à coup de clé anglaise sur une musique enjouée. Violence outrancière, sexe, satire religieuse, le film surprend par sa liberté de ton pour ce genre de cinéma américain.

Mais le meilleur arrive dans la dernière partie, qui laisse la part belle au duo que forment Rainn Wilson avec Ellen Page. Introduite dès la deuxième partie, celle-ci finit par combattre le crime aux côtés de The Crimson Bolt. Elle sera donc Boltie, et elle sera hystérique ! Aussi hystérique que jubilatoire dès qu’elle enfile son costume, Ellen Page crève l’écran. Il faut la voir en train de lacérer un gangster munie de griffes géantes tout en s’esclaffant bruyamment ou essayer d’aguicher Rainn Wilson lors d’une scène culte qui constitue le climax du film. Elle ne vampirise pas non plus son partenaire : leurs différences les rendent parfaitement complémentaires. C’est peut-être le côté masqué, mais ce couple m’a évoqué celui formé par Thora Birch et Steve Buscemi dans Ghost World (c’est dire si j’ai aimé !). Car le film n’est pas que drôle, c’est aussi un hommage aux freaks, fantasque et teinté de mélancolie.

Le « ghost shot » :

Une fois n’est pas coutume, j’ai choisi un plan un peu particulier puisqu’il s’agit du générique du début du film, entièrement en dessin animé. Avec son aspect crayonné, il présente les personnages du film en chanson, réussissant déjà à faire rire. Au cours du film, plusieurs plans mettant en scène The Crimson Bolt en pleine action sont également superposés à des dessins, le transformant en vrai personnage de comic book.