9 mois ferme – Albert Dupontel (2013)

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Synopsis : Ariane Felder est enceinte ! C’est d’autant plus surprenant que c’est une jeune juge aux mœurs strictes et une célibataire endurcie. Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est que d’après les tests de paternité, le père de l’enfant n’est autre que Bob, un criminel poursuivi pour une atroce agression ! Ariane, qui ne se souvient de rien, tente alors de comprendre ce qui a bien pu se passer et ce qui l’attend…

Infos, séances et bande-annonce : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=213856.html

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Quatre ans après « Le Vilain », Albert Dupontel revient avec une nouvelle comédie noire qui aborde cette fois les thèmes de la justice et de la maternité. Dupontel est un fervent portraitiste des travers de la société contemporaine et cette fois ce sont nos amis les magistrats qui trinquent ! Il faut dire qu’on s’en délecte tant le ton irrévérencieux employé et le burlesque trash du film sont au service d’un récit rondement mené.

N’y allons pas par quatre chemins, la véritable force de ce « petit » film (au sens économique du terme) est son économie narrative qui tourne autour d’un duo d’acteurs époustouflant. Si l’on connaissait déjà le talent comique d’Albert Dupontel, on imaginait moins celui de Sandrine Kiberlain coller à l’univers du cinéaste et pourtant, elle crève l’écran dans de superbes saillies d’humour ravageur.

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Ce duo (d)étonnant est accompagné d’une série de caméos délicieux. Ainsi, on verra apparaître à l’écran dans des contre-emplois jubilatoires Jean Dujardin, Terry Gilliam, Yolande Moreau, Jan Kounen et même Gaspar Noé. Mais le génie comique de Dupontel ne tient pas qu’à son casting et à son interprétation enthousiaste. En effet, c’est la tendresse qui se dégage du film qui nous surprend et nous cueille presque sans que l’on se rende compte. Elle surgit dans des situations traitées avec finesse et décalage qui viennent nous rappeler que Dupontel est un auteur généreux et aguerri.

Cela transparaît aussi dans l’élégance de sa mise en scène. Le brio du plan-séquence d’ouverture du film pourrait laisser penser que la réalisation de Dupontel est tape à l’œil mais le choix de ses cadres laisse transparaitre de façon sous-jacente un véritable style. On observe notamment un usage fréquent des plans débullés (chers à Dupontel) et des séquences où le montage contribue grandement à la création d’un effet comique ou dramatique (du running gag du magistrat assommé, aux magnifiques ellipses en travelling circulaire dans le salon de la juge). Autant d’indices qui construisent un univers cohérent, et qui accompagnent avec grande fluidité le spectateur dans un récit qui nous réserve plus d’une surprise.

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Et même si le film souffre de petites baisses de rythme et de quelques facilités scénaristiques, il finit par nous emporter sur tout la ligne, notamment grâce à la poésie qui s’en dégage et qui tourne pour l’essentiel autour du thème de la maternité. On pense notamment à une magnifique scène elliptique qui retranscrit la croissance du fœtus de 6 à 9 mois tout en se doublant d’une référence à peine dissimulé à 2001, l’odyssée de l’espace. Le tout finissant par se concrétiser dans une séquence finale convenue mais néanmoins touchante.

En bref, 9 mois ferme est un petit bijou d’humour corrosif empreint d’une tendresse inattendue qui ne devrait pas laisser indifférent ses spectateurs que l’on espère être nombreux au rendez-vous. Ce n’est effectivement pas tous les jours que l’on a la chance de découvrir une comédie française décalée aussi audacieuse et aboutie.

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L’Attentat – Ziad Doueri (2013)

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Synopsis : Dans un restaurant de Tel-Aviv, une femme fait exploser une bombe qu’elle dissimule sous sa robe de grossesse. Toute la journée, le docteur Amine, israélien d’origine arabe, opère les nombreuses victimes de l’attentat. Au milieu de la nuit, on le rappelle d’urgence à l’hôpital pour lui annoncer que la kamikaze est sa propre femme. Refusant de croire à cette accusation, Amine part en Palestine pour tenter de comprendre.

Je vous avais déjà parlé de ce film dans un précédent article dans lequel je vous relatais son interdiction de sortie sur le territoire libanais et dans 22 pays membres de la ligue arabe. Sachez qu’à l’heure actuelle, la censure (car il s’agit bien de cela) n’est toujours pas levée. Curieux de voir ce qui pouvait tant choquer, je suis donc allé me forger ma propre opinion en allant voir le film.

Ce qui m’a immédiatement marqué dès la fin de la projection, c’est la finesse et la grande puissance évocatrice et émotionnelle de son scénario. Je n’ai personnellement pas lu le roman éponyme de Yasmina Khadra et me garderait donc de tout commentaire sur le processus d’adaptation du livre en scénario.

Le véritable force du récit développé par Joëlle Touma et Ziad Doueiri est de ne pas traiter de manière frontale la question du conflit israélo-palestinien mais au contraire de lui rendre sa dimension humaine, de l’amener sur le terrain de l’intime pour mieux en observer et jauger tous les enjeux. Ici il n’y a aucune prise de parti, aucune propagande pour l’un ou l’autre des côtés opposés. Juste une observation externe du conflit par le biais de personnes qui en font directement ou indirectement parti, ou qui y sont plongés par la force des choses.

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Et ce qui nous permet précisément d’expérimenter au plus près cet état d’âme c’est le choix d’un unique point de vue, celui d’Amine, notre protagoniste. Le spectateur est amené à suivre le même cheminement psychologique que celui traversé par le protagoniste. Et cela est renforcé par la mise en scène de Ziad Doueiri : jamais la caméra ne se sépare d’Amine, nous traversons avec lui les épreuves et affrontons les obstacles qui se mettent en travers de son chemin au long de sa quête personnelle de la vérité.

Pourtant la mise en scène est parfois inégale, (faux raccords, cadres qui bougent compulsivement) mais au final, cela contribue à renforcer l’impression d’urgence dans laquelle est constamment plongé notre personnage. Loin de desservir le film et son propos, ce dispositif en développe au contraire la tension inhérente. Et l’on imagine sans peine que cette tension a été vécue au jour le jour par l’équipe de tournage.

Mais la tension qui se dégage du film ne naît pas uniquement de la qualité du récit et de la mise en scène mais également en grande part de la performance incroyable de justesse de l’ensemble du casting du film.  Une mention spécifique se doit d’être faite pour Ali Suliman qui interprète le personnage d’Amine et qui se livre entièrement, à fleur de peau, dans une performance qui fera sans doute date.

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Mais revenons au cœur du sujet porté par le récit : Israélien d’origine arabe, Amine, n’est le bienvenu nulle part. C’est finalement là que réside le cœur du film, dans l’absence d’une voie médiane au sein du conflit et dans le sentiment de non-appartenance à une patrie. Comment trouver sa place au sein d’un monde divisé quand on refuse de prendre parti ? La réponse ne peut alors être que déceptive et mène à une impasse.

Amine a vécu des années avec sa femme sans jamais la connaître pleinement. Le mensonge est partout, il n’épargne personne. Mais au final, nous connaissons-nous nous mêmes ?

Car c’est aussi face à l’incertitude de sa propre identité que mène la quête personnelle d’Amine. Il est incapable de trouver sa place au sein d’un monde divisé. Rejeté par l’un et l’autre des deux camps car il refuse de prendre parti,  il ne peut que se renfermer dans une non-appartenance: chaque camp a ses raisons, rien n’est tout blanc ou tout noir, de ce fait la position de chacun est naturellement ambiguë. Cela correspond tout simplement à la mort du personnage, à sa destruction en tant qu’être humain, qui si elle n’est pas physique est morale et psychologique.

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C’est peut-être cette injustice que déplorait sa femme, que l’on imagine avoir été placée dans la même position ce qui pourrait être la raison pour laquelle elle s’est donnée la mort au-delà même de toute revendication politique. Un acte désespéré, un cri d’alarme en faveur d’une réconciliation, d’un équilibre que chacun des belligérants se hâte pourtant de transformer en acte politique, faisant d’elle tout à tour une martyre de la cause ou une terroriste kamikaze.

Il faut attendre la séquence finale absolument bouleversante qui nous renvoie à la beauté et au tragique de l’histoire d’amour des protagonistes pour le comprendre. Des questions demeurent alors en suspens mais une seule certitude nous ceint le cœur : finalement, la véritable victime de l’attentat n’est autre qu’Amine dont la vie, les certitudes et l’identité ont été soufflées dans l’explosion provoquée par sa femme. L’impossibilité concrète de ces deux êtres à communiquer l’un avec l’autre est la plus belle métaphore qui puisse être faite du conflit israélo-palestinien. Comme une occasion ratée de dialogue qui ne se représentera pas. Un éternel clivage qui mène à une issue tragique pour notre protagoniste.

L’attentat est un film traitant d’un sujet politique complexe avec une grande finesse, en resserrant intelligemment son récit sur l’intime, l’histoire d’amour qui lie deux êtres humains au-delà de tout. Mais c’est aussi un film sur l’identité, la trahison et l’incertitude. Un film tout en contraste qui ne laissera personne indifférent à la sortie de la salle.

Un coup de maître.

Focus sur… L’Attentat, un film de Ziad Doueiri

Bonjour à toutes et à tous,

Aujourd’hui je vous propose un type d’article un peu particulier sur Ghost shots à savoir un aperçu d’un film qui n’est pas encore sorti en salles. Pour cette grande première j’ai décidé de promouvoir le film L’Attentat du réalisateur libanais Ziad Doueiri.

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Le film est adapté du roman éponyme de l’écrivain algérien Yasmina Khadra. L’adaptation a été co-écrite par Joëlle Touma et Ziad Doueiri.

Synopsis : Dans un restaurant de Tel-Aviv, une femme fait exploser une bombe qu’elle dissimule sous sa robe de grossesse. Toute la journée, le docteur Amine, israélien d’origine arabe, opère les nombreuses victimes de l’attentat. Au milieu de la nuit, on le rappelle d’urgence à l’hôpital pour lui annoncer que la kamikaze est sa propre femme. Refusant de croire à cette accusation, Amine part en Palestine pour tenter de comprendre.

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J’ai décidé de dédier un article à ce film car, après avoir été en partie tourné en Israël, il s’est vu interdit de sortie au Liban, pays d’origine du réalisateur, à la demande du bureau de boycottage d’Israël rattaché à la Ligue arabe.

Ceci est d’autant plus injuste que le film avait obtenu précédemment son droit de diffusion sur le territoire libanais du bureau du ministre de l’intérieur…

Extrait de presse (source : 20 minutes) qui fait état de ce non-sens absolu :

Le film avait été autorisé en mars par le ministère, avant que celui-ci ne revienne sur sa décision après une demande du bureau de boycottage sollicitant son interdiction non seulement au Liban mais dans tous les pays arabes. La censure, qui relève d’une branche du ministère de l’Intérieur, s’applique si l’oeuvre incite aux dissensions confessionnelles, porte atteinte aux moeurs ou à l’autorité de l’Etat, ou favorise la propagande israélienne. «Pourtant, on m’a dit que le film est pro-palestinien», souligne le ministre de l’Intérieur…

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Depuis, Ziad Doueiri  et Joëlle Touma se battent pour que leur film puisse sortir dans leur pays. La carrière de l’Attentat tend à leur donner raison, le film ayant reçu de la part de la critique un accueil unanime doublé d’une carrière exceptionnelle en festivals où il a remporté plusieurs prix :

Festival International du Film de Marrakech – Etoile d’Or  /  Festival ColCoa du film français à Hollywood : Prix du public et Prix spécial de la critique / Festival International du Film de Toronto / Festival du Film de Telluride / Festival International du Film d’Istanbul  / Festival du Film de Genève sur les Droits Humains  / Festival de San Sebastian – Prix spécial du jury  / Festival International du Film Policier de Beaune / Festival Arte Mare – Prix du Public et Prix Cine Kantara France Bleu / MOOOV Film Festival (Belgique) – Prix du public

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Si comme moi, vous pensez que le film doit bénéficier d’une sortie mondiale et notamment au Liban et dans les pays arabes vous pouvez signer la pétition suivante :

http://www.ipetitions.com/petition/revoke-the-decision-to-ban-the-attack-by-ziad/

Le film sortira en France le 29 mai. Je vous propose d’en découvrir la bande-annonce ci-dessous :

Hitchcock – Sacha Gervasi (2012)

Attention : ce film est un spoiler du classique Psychose d’Alfred Hitchcock. Il faut avoir vu le classique de 1960 avant même de tenter Hitchcock. Je serais même tenté de dire qu’il faut tout simplement avoir vu Psychose (indépendamment du film qui fera l’objet de cette critique).

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Que l’on soit cinéphile aguerri ou simple spectateur du dimanche, on ne peut définitivement pas passer à côté de la pointure du cinéma qu’est Sir Alfred Hitchcock. Ce réalisateur anglo-américain (1898-1980) a pendant ses soixante années de carrière offert au public pas moins de cinquante trois longs-métrages.

Ne connaissant que quelques-uns de ses films, je me suis lancé courant 2012 dans un rattrapage de ces grands classiques du cinéma. A chacun d’entre eux, Alfred Hitchcock, même avec cinquante ans de décalage, réussit à me martyriser, me surprendre, me tendre, m’amuser et m’impressionner. Je n’ai pas été déçu d’apprendre que 33 ans après sa mort, le maître du suspense inspire toujours et sortira à nouveau en salle le 6 février à travers le film homonyme Hitchcock. Le réalisateur Sacha Gervasi, à qui on doit Le Terminal, nous offre une introspection dans la vie d’Alfred Hitchcock (Anthony Hopkins) et de sa femme Alma Reville (Helen Mirren) pendant le tournage du très renommé Psychose.

En 1959, Alfred Hitchcock vient de sortir son dernier grand succès La Mort aux trousses (North by Northwest). Il recherche un projet ambitieux qui pourrait le changer de ce qu’il a déjà pu réaliser. Il décide, malgré des premiers retours négatifs, de choisir comme intrigue pour son prochain long-métrage l’histoire du tueur américain célèbre du moment Ed Gein. Le studio Paramount refusant de financer le film, Alfred et sa femme se voient alors dans l’obligation de financer le film qu’il souhaite tant faire. On suivra les problèmes rencontrés et les différentes péripéties vécues par la couple pendant le tournage du film Psychose.

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Présentant avant tout la relation entre Hitch (« Just call me ‘Hitch’. You can hold the ‘cock’« ) et sa femme Alma, Hitchcock reste malgré tout un hommage au réalisateur et son œuvre. Il semble donc indispensable de connaitre un minimum le personnage, sa filmographie, ses techniques et ses manies afin de pouvoir jouir pleinement du film. Les références jonchent et rythment le film. Certaines sont évidentes, certaines subtiles : une robe, un décor, une musique, un plan-séquence, une phrase, une référence à un de ses films (Psychose, Les Oiseaux, La Corde, Sueurs Froides,…), à un acteur/actrice (James Stuart, Grace Kelly, Vera Miles, Janet Leigh…), un réalisateur (Orson Welles), à ses présentations de film… on se plait à les reconnaître et elles représentent la réelle richesse du film.

Un important travail a également été effectué au niveau du casting. Tout le monde remarquera la métamorphose (déformation) totale et impressionnante de Sir Anthony Hopkins. L’acteur est méconnaissable, mais se rapproche-t-on pour autant de quelque chose ressemblant à Alfred Hitchcock ? Tout le monde ne semble pas d’accord. Cette caricature bouffie ne semble pas être le seul problème. N’étant pas anglophone, je n’ai malheureusement pas pu juger pleinement de la performance de l’acteur, mais au vu de plusieurs critiques, notre acteur ne fait malheureusement pas l’unanimité au niveau prononciation. Hormis Anthony Hopkins, on notera une impressionnante ressemblance (sans trop d’artifices) entre les acteurs d’origine de Psychose et les acteurs de Hitchcock. Et que dire, en toute objectivité, de la plus marquante, la plus magnifique et la plus attachante Scarlett Johansson dans le rôle de Janet Leigh.

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Mais quelle crédibilité doit-on donner au film ? Toute adaptation historique ou biographique soulève forcement la question. Le spectateur du dimanche ne va-t-il prendre pour argent comptant le récit et l’adaptation qui a été faite de ce passage de la vie de Hitch ? Doit-on réellement donner crédit à l’influence d’Alma Reville sur son mari ? Et la performance d’Anthony Hopkins n’influerait-elle pas sur notre perception d’Alfred Hitchcock ? Le public n’étant pas forcément composé que de fanatiques du maître du suspense, j’outrepasserais tous ces questionnements et ne retiendrais au final que le fait que j’ai passé un bon moment. On s’attache aux personnages et à leur histoire (fausse ou pas d’ailleurs). On s’amuse à trouver les références cinématographiques et on suit le tournage de l’un des meilleurs films d’Hitchcock. Si le film pouvait ne serait-ce que donner l’envie à quelques personnes d’approfondir leurs connaissances cinématographiques et les pousser à voir les réalisations d’Alfred Hitchcock, ça pourrait être la meilleure finalité du film.

Le « ghost shot » :

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La scène de douche de Psychose : 7 jours de tournage, 70 plans et une musique stridente et tranchante pour réaliser les trente cinq secondes les plus marquantes du cinéma d’Hitchcock. Cette scène apparaît deux fois dans le film : une fois sur son tournage même et une fois lors de la première du film. J’ai vraiment aimé l’utilisation et le détournement que Sacha Gervasi en a fait pendant le tournage (je vous laisse la surprise), mais mon ghost shot concerne la deuxième. Caché en coulisse, Hitch dirige tel un chef d’orchestre son audience qui hurle et gémit au rythme de ses mouvements de poignard. Parfaite représentation de l’homme qui se plaisait à « always make the audience suffer as much as possible« .

Searching for Sugar Man – Malik Bendjelloul (2012)

Ca y est, après plusieurs mois de pause, Ghost Shots reprend enfin du service ! En espérant vous faire partager nos coups de coeur comme nos plans fétiches, qu’ils soient obscurs ou évidents, dans l’actualité du moment ou totalement improbables, et cela le plus longtemps possible. D’ailleurs, si l’aventure vous intéresse, que ce soit pour un article ou plusieurs, n’hésitez pas à nous contacter.

Searching for Sugar Man… Un titre mystérieux pour ce documentaire réalisé par un jeune suédois, qui n’aurait sans doute jamais attiré mon attention sans un bouche à oreille éloquent et ô combien mérité.

searching-for-sugar-man-1Il n’est pas aisé de vous parler de ce film pour la simple raison qu’il est préférable de ne rien connaitre à son sujet pour en apprécier toutes les qualités et vivre une séance à la fois haletante et bourrée d’émotions. Je vous incite donc dans un premier temps à m’accorder une confiance aveugle et absolue et à vous ruer sans plus attendre dans l’une des (trop rares) salles qui diffusent le film. Et si vous souhaitez quand même lire ces lignes rassurez-vous, je ne dévoilerai rien qui vous gâche ce plaisir.

Partons du point de départ du film : un musicien américain connu sous le nom de Rodriguez connait un succès phénoménal en Afrique du Sud à partir des années 70, devenant le héros d’une jeunesse afrikaans anti-apartheid. Pourtant, à part deux albums sortis en 1971 et 1972 puis réédités à de multiples reprises en Afrique du Sud, personne ne connait quoi que ce soit sur lui. Les rumeurs les plus folles circulent à son sujet : il serait mort sur scène en plein concert, après s’être tiré une balle dans la tête voire carrément s’être immolé par le feu. A la fin des années 90, deux sud-africains décident de se lancer dans une enquête pour connaitre la vérité sur ce chanteur légendaire qui a marqué leur vie.

Searching for Sugar Man nous embarque ainsi dans une aventure assez rocambolesque et pleine de surprises. Si le film profite évidement du caractère exceptionnel de son sujet, il a le mérite de le traiter de façon admirable. Malik Bendjelloul a choisi une narration chronologique pour permettre au spectateur de ressentir les émotions des protagonistes lors de leur « quête », notamment leurs instants d’euphorie suivant chaque découverte. Il y parvient très habilement, et le film se vit parfois comme un thriller plein de rebondissements, ce qui est plutôt rare dans le genre documentaire qui nous a plutôt habitué à un rythme très posé.

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Parallèlement à cette enquête enrichie de différents témoignages d’anciens proches ou collaborateurs qui nous permettent de découvrir l’homme qu’est Rodriguez, nous découvrons aussi et surtout l’artiste, à travers ses mélodies, ses paroles, sa voix. Large place est donc laissée à la musique, celle-ci étant mise en valeur de façon particulièrement juste et non-intrusive grâce aux images conçues par le réalisateur (avec parfois un peu d’animation au rendu très chouette). De longs travellings latéraux le long des rues de Detroit, de ses immeubles délabrés, de ses chantiers et de ses bars glauques. Juste de quoi nous mettre dans l’ambiance des lieux où chaque mot trouve une résonance particulière, et nous plonger tout entiers dans la musique de Rodriguez.

Au bout de ce voyage quasi fantastique (pour ne pas dire fantasmagorique), une profonde réflexion s’engage sur l’art, le succès, le bonheur. L’art peut-il changer la vie ? Qu’est-ce qui fait le succès ? Quelle est la part de chance et de mérite ? (vous avez 4 heures) Beaucoup de questions restent en suspens et l’on ne peut cesser de refaire l’histoire avec des « si ». Une chose est certaine, en sortant du film vous n’aurez qu’une envie : écouter Rodriguez.

Le « ghost shot » :

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Les documentaires portant sur une histoire passée et principalement basés sur des interviews peuvent s’avérer assez plan-plan. Comment faire ressentir au spectateur l’émotion d’un instant qui n’a pas pu être capté par la caméra, autrement que par la parole ? C’est ce qu’a très bien réussi à faire Malik Bendjelloul, notamment dans ce très beau plan où s’associent à merveille la musique, l’image et la portée dramatique de l’évènement.

Titanic 3D – James Cameron (1997-2012)

Southampton, avril 1912. La White Star Line inaugure son dernier bijou : le Titanic, le « paquebot de rêve. » Insubmersible… jusqu’à un point. Les classes s’entrechoquent, Jack, l’artiste vagabond et Rose, héritière de la famille DeWitt Bukater, tombent amoureux et, contre toute attente, le paquebot rêvé coule. C’est une des histoires de cinéma les plus connues au monde depuis la sortie en France en janvier 1998  de Titanic, le film qui a propulsé ses acteurs et son réalisateur au plus haut de l’iceberg hollywoodien.

Avant Titanic 3D, il y a eu l’énorme succès en 3D d’Avatar, du même réalisateur, James Cameron, qui avait d’ailleurs battu le record au box-office de Titanic. Cette fois-ci, il s’agissait de convertir des images 2D préexistantes en 3D. Une production qui a couté 18 millions de dollars pour soixante semaines de travail et réuni plus de 300 spécialistes numériques.

Cameron est un perfectionniste et un as de la technique. S’il n’y a qu’une chose que l’on doit retenir de son œuvre, outre son « Je suis le roi du monde ! », c’est son enthousiasme pour les nouvelles technologies, tout autant que sa dextérité en la matière. Il avait créé, avec son frère Michael, une caméra spéciale pour filmer l’épave du Titanic et, quelques années plus tard, révolutionné la 3D au cinéma avec Avatar. Ici, il réussit à magnifier son plus grand film en invitant les spectateurs à bord du navire. Le résultat est tellement époustouflant par moments qu’on en vient presque à avoir le mal de mer… Le réalisme nous prend au corps et on se demande même si l’expérience ne se rapproche pas un peu trop du voyeurisme.

L’atout principal en faveur de cette conversion est sans aucun doute l’eau. C’est elle qui donne la profondeur suffisante, qui donne toute sa dimension à ce projet. L’exploration de l’épave, au début du film, est alors impressionnante. Le deuxième élément est évidemment le Titanic lui-même, avec ses multiples couloirs, ponts et étages. Et quand les deux s’entrechoquent, au cœur de la nuit du 14 avril, l’effet est renversant. Dès que la réalisation est au plus près de l’océan, que la caméra est au bord de l’eau, le spectateur s’attend presque à ressentir le froid qui devrait s’en dégager. Tous ses sens sont en alerte.

La 3D sublime les sensations, le naufrage, la performance des acteurs, les costumes, les décors… mais elle révèle également les effets spéciaux un peu vieillissants aperçus, particulièrement, dans les plans larges du bateau à quai ou en route pour New York. Et comme pour tout film en relief, l’œil a du mal à s’adapter aux séquences très mouvementées, notamment les courses-poursuites.

Mais l’expérience ne laisse pas indifférent. Les médias, et la société en général, rabâchent depuis près de quinze ans les travers du film, notamment la fin et les dialogues ringards, et la chanson sirupeuse chantée par Céline Dion, mais le film fonctionne encore. Les gens rient, sortent leurs mouchoirs, applaudissent à la fin, réagissent comme à l’époque. C’est à ça qu’on mesure l’impact d’une œuvre, c’est ça qui différencie un film populaire d’un très grand film populaire. La passion qui a nourri Cameron et qui, c’est certain, est à l’origine de ce succès, reste intacte. Le film n’est pas abimé.

Leurs personnages restent, paradoxalement, intemporels mais Kate Winslet et Leonardo Di Caprio ont évolué et c’est un plaisir de les revoir à leurs débuts (ou presque). Particulièrement ce dernier, qui, c’est tout à son honneur, n’a jamais voulu se remettre dans les godillots d’un héros éternellement innocent et romantique.

Finalement, le mot d’ordre de cette nouvelle apparition de Titanic au cinéma est bien « retenue ». Un joli tour de force pour un film qui avait coûté plus de 200 millions de dollars, un record à l’époque et à qui on prédisait un véritable naufrage…

Le « ghost shot » :

Jack et Rose, poursuivis par Caledon Hockley, arme au poing, sont forcés de se jeter dans les entrailles du bateau en perdition. Ils viennent de descendre le très bel escalier de première classe. Dans ce plan large, le spectateur a tout le loisir de saisir le chaos régnant à l’intérieur du navire. L’eau est partout, souveraine et destructrice. Elle est en train d’engloutir tout un monde, qui, il n’y a que quelques heures, régnait magistralement, et avec arrogance, sur les éléments. La version 3D amplifie extraordinairement ce bouleversement et permet au spectateur de ne plus seulement le voir, mais de le ressentir et de le craindre.

Extrêmement Fort et Incroyablement Près – Stephen Daldry (2011)

« Parfois il faut affronter ses peurs. »

Le 11 septembre 2001, Thomas Schell, bijoutier, perd la vie dans le plus grand attentat qu’ait connu les Etats-Unis. Il laisse derrière lui son épouse et son jeune garçon de 13 ans, avec qui il détenait une très grande complicité. Oskar découvre, un an plus tard, une clé perdue dans un vase, dans le dressing de son père. Persuadé qu’elle a été placée là exprès, ils avaient l’habitude de se livrer à de véritables chasses au trésor dans tout New York, il va se mettre en tête de trouver ce qu’elle ouvre. Il va alors, tout au long de sa quête, rencontrer une multitude de personnages et évoluer à travers leurs regards et leurs attentes.

Tous les thèmes classiques associés à la perte d’un être cher sont là : le déni, la colère, la dépression, le sentiment de culpabilité et finalement, l’acceptation. L’histoire se nourrit également du rôle qu’a joué la technologie dans cette tragédie, en donnant la part belle aux portables, répondeurs et à la télévision. La particularité de ce film est de retracer l’un des évènements les plus marquants de l’histoire de ce pays à travers les yeux et le cœur d’un enfant. Singulier, présentant en apparence toutes les caractéristiques du syndrome d’Asperger, Oskar n’est pas un garçon lambda. Frappé de plein fouet par le destin, réduit à se réfugier dans un mausolée créé à la gloire de son père, entouré de reliques, quitte à rejeter sa mère, Oskar préfère espérer. Espérer retrouver un objet, un indice, un signe que son père n’a pas complètement disparu. Il a besoin de le refaire vivre. Il y a également une réflexion sur l’écoute et l’expression, orale et écrite. C’est en cela que le film est intéressant. La douleur et le désespoir d’Oskar sont tels qu’il préfère se réfugier dans sa peine et ses obsessions (les corps qui tombent…) plutôt qu’affronter la réalité.

Thomas Horn porte le film sur ses frêles épaules de manière magistrale. Avec un jeu nuancé, il est d’une sensibilité et d’une maturité impressionnantes. Sa performance est à mettre à l’égal de celle de Christian Bale dans L’Empire du Soleil de Steven Spielberg. Il y a une très grande ressemblance entre ces personnages, la manière qu’ils ont de fuir la réalité en se créant un imaginaire et en se raccrochant à leurs obsessions, comme si leurs vies en dépendaient. Bale avait John Malkovich, Tomas Horn a aussi un acolyte de renom en la personne de Max Von Sydow, le mystérieux Locataire. Hébergé par la grand-mère d’Oskar, il va jouer un rôle fondamental dans la vie du jeune garçon. Les deux vont se livrer à une véritable partie de ping-pong émotionnel, tous deux ayant vécu un traumatisme dont ils peinent à se remettre. L’un exprime son chagrin ouvertement, l’autre ne le peut pas. Ils forment, sans aucun doute, le plus beau duo du film.

Le gros péché d’Extrêmement Fort et Incroyablement Près reste la mise en scène, beaucoup trop ostentatoire, sonore et colorée, sans parler du montage. Nombre de séquences sont hachées, entrecoupées de flashbacks de toutes sortes. On peut imaginer l’intention du réalisateur : nous faire ressentir la folie du monde telle qu’Oskar la ressent, mais ce manque total de sobriété dévaloriserait presque l’horreur de ce drame… Fait surprenant car Stephen Daldry s’était fait connaître avec Billy Elliott, œuvre d’un grand réalisme. Le film pâti également d’un déferlement de pathos et de bons sentiments, particulièrement dans la dernière demi-heure. Contrairement à Thomas Horn, Sandra Bullock, qui joue la mère d’Oskar, n’allège pas tellement ce débordement. A noter Tom Hanks, Viola Davis et Jeffrey Wright, très bons dans les rôles de Thomas Schell, Abby Black et William Black.

Film puissant s’il en est, à vous couper le souffle, mais grossièrement exécuté.

Le « ghost shot » :

Un tournant dans le film, Oskar raconte son secret pour la première fois. « Il fallait que je le dise à quelqu’un. » Le Locataire, qui est dans la lumière, ne peut pas l’interrompre. Toute la détermination et la peur se lisent dans le regard du jeune garçon. La pièce est sombre, son sweatshirt orange l’illumine et fait ressortir ses yeux. Toute la peine et la frustration d’Oskar sont révélées au grand jour. A la fin de la séquence, il sort de la pénombre afin de montrer ses blessures. Edifiant.