Robert Mitchum est mort – Olivier Babinet et Fred Kihn (2011)

Robert Mitchum, acteur de l’âge d’or hollywoodien, est mort, mais ce n’est pas vraiment le sujet. Il nous aura laissé cette phrase, par laquelle commence le film : « Un jour, j’ai vu les aventures de Rintintin à la télévision, et là je me suis dis : si lui peut le faire, je peux le faire ».

Le film raconte le road-movie de Franky Pastor, acteur de seconde zone migraineux et d’Arsène, son manager un rien ringard, tous deux en route pour un obscur festival de cinéma, quelque part à l’intérieur du cercle polaire.  Ils sont supposés y rencontrer un cinéaste américain reclus, afin de lancer la carrière de Franky outre-atlantique.

Franky a beau être neurasthénique et posséder un physique atypique, pour ne pas dire difficile (Pablo Nicomédes, une vraie gueule de cinéma), Arsène croit en son potentiel de star.  Car Franky ne sait peut-être jouer qu’en playback sur des vieux films américains, mais « Franky est bon, quand il meurt ».  Pour arriver à ses fins, Arsène ne  manque ni de panache, ni de ressources, car après tout : « Faut faire avec ce qu’on a, même si on n’a pas grand-chose ».

Comme dans tout road movie, le bout de la route importe peu, le voyage sera surtout fait de rencontres, à commencer par celle d’un passager clandestin, échappé d’un groupe de psychobilly (genre musical à la croisée du punk et du rockabillly) et doté d’un sens esthétique et moral certain (« Le pôle, ça va être beau : y a rien. »).

Truffé de références (à Jim Jarmusch et Aki Kaurismäki principalement), le film manque parfois cruellement de rythme. Si la trame reste somme toute assez classique, elle est néanmoins ponctuée de bizarreries, d’une poésie triste et de quelques fulgurances qui justifient à elles seules la balade.  Au final, le film est à l’image de ses personnages : un rien bancal, un peu raté, mais éminemment sympathique.

Le « ghost shot » :

Robert Mitchum est mort est un film en forme d’hommage au cinéma américain des années 1940 à 1960. Il lui emprunte ses codes, à commencer par celui du road-movie, genre américain par excellence.

Le film multiplie les références aux films noirs, notamment par le procédé de la mise en abyme.  Ainsi, dans cette scène Arsène s’invite dans la célèbre école polonaise de cinéma de Lodz , où fut notamment formé Roman Polanski. Il y fait tourner à Franky, avec l’aide plus ou moins contrainte des étudiants, une scène du fictif « Fatal Angel ». La scène est une référence directe au film noir « Fallen Angel » d’Otto Preminger,  sorti en 1945.

Les deux cinéastes, Oliviet Babinet et Fred Kihn le revendiquent: « On a fait un film d’Européens influencé par l’Amérique. ».

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