Bilan de l’année 2012

La reprise continue sur Ghost Shots, et quoi de mieux pour commencer l’année 2013 que de revenir sur les 12 mois écoulés et nos diverses émotions cinématographiques. Au menu : les Top 10 de chaque rédacteur bien sûr, mais aussi un paquet de nominations bonus pour mettre exprimer nos coups de coeur, de gueule ou de pouce pour les différents films vus cette année. Pour commencer, le très officiel Top 10 de la rédaction parmi les films sortis en salles en 2012.

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Top 10 de l’année 2012 :

1. Laurence Anyways – Xavier Dolan
2. Holy Motors – Leos Carax
3. Les Bêtes du Sud Sauvage – Benh Zeitlin
4. Les Hauts de Hurlevent – Andrea Arnold
5. Amour – Michael Haneke
6. Martha Marcy May Marlene –  Sean Durkin
7. Searching for Sugar Man – Malik Bendjelloul
8. Moonrise Kingdom – Wes Anderson
9. Skyfall – Sam Mendes
10. Titanic 3D – James Cameron

Si l’on compare cette cuvée avec la précédente où quelques films faisaient l’unanimité parmi nous (en particulier le triptyque cannois Melancholia – Drive – The Tree of Life), on remarque que nos avis sont beaucoup plus divergents et nos tops 10 respectifs mettent en avant des films bien différents. Seulement deux films sont cités par chacun d’entre nous : Holy Motors et Moonrise Kingdom, mais c’est bien Laurence Anyways qui sort en tête de ce classement général. Encore beaucoup de films cannois, mais cette année les perles étaient aussi à chercher du côté de la sélection Un Certain Regard (Laurence AnywaysLes Bêtes du Sud Sauvage). On remarque aussi une présence moindre du cinéma américain par rapport à l’an dernier, pas moins de 3 films francophones, et enfin un documentaire qui nous aura récompensé d’avoir attendu les derniers instants de l’année 2012 pour faire ce bilan.

Voici les Top 10 de chacun :

Alban Ravassard
1. Holy Motors
2. Les Hauts de Hurlevent
3. Amour
4. Martha Marcy May Marlene (sa critique)
5. L’Odyssée de Pi
6. Moonrise Kingdom
7. Cosmopolis
8. Looper
9. Skyfall
10. Elle s’appelle Ruby
Pierre Ricadat
1. Laurence Anyways
2. Les Bêtes du Sud Sauvage
3. Searching for Sugar Man (sa critique)
4. Holy Motors
5. The We and the I
6. 2 Days in New York
7. I Wish (sa mini-critique)
8. Le Hobbit : un voyage inattendu
9. The Raid (sa mini-critique)
10. Moonrise Kingdom
Carole Bogdanovscky
1. Amour
2. Les Bêtes du Sud Sauvage
3. Laurence Anyways
4. Holy Motors
5. Bullhead (sa critique)
6. Barbara
7. Les Hauts de Hurlevent
8. Moonrise Kingdom
9. Martha Marcy May Marlene
10. De rouille et d’os
Caroline de Regnauld
1. Titanic 3D (sa critique)
2. The Dark Knight Rises
3. Skyfall
4. Royal Affair
5. La Taupe
6. Extrêmement fort et incroyablement près (sa critique)
7. Dark Shadows
8. De rouille et d’os
9. Holy Motors
10. Moonrise Kingdom
Benoit Weber
1. Laurence Anyways
2. Rebelle (War Witch)
3. Les Hauts de Hurlevent
4. Searching for Sugar Man
5. Martha Marcy May Marlene
6. Les Bêtes du Sud Sauvage
7. I Wish
8. Moonrise Kingdom
9. Amour
10. Holy Motors

Le « coup de cœur » de l’année :

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Alban : Perfect Sense de David MacKenzie. Un véritable petit bijou passé quasiment inaperçu en France et porté par un duo d’acteurs magnifiques (Ewan McGregor et Eva Green). David McKenzie, sans révolutionner le genre post-apocalyptique, nous le fait vivre de manière simple par le vecteur d’une histoire d’amour devenant progressivement impossible. Bluffant.
Pierre : Saya Zamurai de Hitoshi Matsumoto, le rayon de soleil de l’année (voir ici).
Carole : Les Femmes du Bus 678 de Mohamed Diab. Un sujet contemporain sensible (le harcèlement sexuel ordinaire en Egypte) traité avec empathie et lucidité. Le premier long métrage d’un réalisateur à suivre.
Benoit : Rebelle de Kim Nguyen. Quelque part en Afrique, on suit Komona, 12 ans, qui se fait embrigader dans l’armée rebelle : une histoire on ne peut plus dramatique et violente traité d’une manière singulière et touchante. Je rejoins également Alban sur Perfect Sense : subtile utilisation du genre au service d’une histoire d’amour.

Le raté de l’année :

Alban : Savages de Oliver Stone, film boursouflé, sur-stylisé. Oliver Stone est devenu une caricature de lui-même. La bande-annonce laissait présager du meilleur et finalement nous avons droit au pire : un récit grand-guignolesque sans queue ni tête où les acteurs cabotinent. Sans compter un faux twist pitoyable en fin de film. A zapper.
Pierre / Carole : Prometheus de Ridley Scott. La campagne marketing du film laissait espérer un film du niveau d’Alien, sévère a été la déception avec notamment ce scénario complètement indigeste à force de vouloir trop en mettre. Alien était simple et en montrait très peu, Alien était un chef d’oeuvre.
Benoit : Argo de Ben Affleck, ou comment ne pas rendre crédible une histoire vraie. Autant au niveau de la réalisation que du jeu d’acteurs, de la musique… tout semble avoir été mis en place pour décrédibiliser le tout. On n’y croit à aucun moment. Ça ressemble à une énorme farce qui en fait n’en est pas une. Aucun suspens et une fin sur-crémeuse et gnangnan. Même Avengers reste plus crédible. Passez ce film et attendez Zero Dark Thirty pour voir un vrai film sur la CIA.

Mention spéciale « WTF ? » :

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Alban : Wrong de Quentin Dupieux, découvert en salles cette année. Après Rubber qui m’avait déjà séduit par son concept et son humour noir absurde, Quentin Dupieux en remet une couche avec une histoire farfelue aux consonances Kafkaïennes dans laquelle excelle Eric Judor en cow-boy déjanté. Un must-see bourré d’idées visuelles et narratives novatrices.
Pierre : Solution de Kim Gok et Kim Sun, vu au Seoul Independant Film Festival 2012. Un film où une émission de télévision tentera de résoudre le dramatique problème d’une famille : le jeune fils n’accepte de se nourrir que des excréments des autres membres de sa famille ! Lesquels excréments sont représentés par une sorte de pâte à modeler verte et la « solution » nécessitera l’intervention d’une chamane…
Caroline, Carole et Benoit : Holy Motors de Leos Carax. Grosse surprise. Étonnant et perturbant.

Le film survendu de l’année :

Alban : Les Bêtes du Sud Sauvage de Benh Zeitlin. Énorme succès critique et public, ce premier long-métrage d’un cinéaste américain âgé de 30 ans m’a laissé mitigé. Beau sujet, très belle mise en scène mais je trouve qu’il tire trop vers le tire-larmes car trop certain de ses effets et de l’impact émotionnel de son film. Un film de petit malin talentueux en somme pour lequel j’aurais aimé voir plus de sincérité et moins d’artifices. Car à mon sens la poésie du film n’est pas assez bien exploitée.
Pierre : Mourning de Morteza Farshbaf, honoré du Lotus Asia du meilleur film à Deauville pour des raisons que mon esprit rationnel est incapable d’imaginer… Et au sein de cette rédaction, Les Hauts de Hurlevent, que j’ai trouvé à côté de la plaque.
Benoit: Argo, The Dark Knight Rises, Prometheus et The Hobbit. Mention spéciale « Scandale » à Argo qui reste en lice pour les Oscars…
Caroline : Avengers de Joss Whedon
Carole: The Dark Knight Rises de Christopher Nolan

Meilleur premier film de l’année :

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Alban : Ombline de Stéphane Cazes : l’électrochoc de cette année. Stéphane Cazes traite d’un sujet potentiellement mélo et lourd sur le papier (le quotidien des jeunes mères en prison). Évitant tous les écueils que peuvent déployer habituellement ce genre de récits, le réalisateur parvient à nous toucher en plein cœur sans être démonstratif. Un film juste et touchant, porté par la magnifique interprétation de Mélanie Thierry.
Pierre et Benoit : Les Bêtes du Sud Sauvage de Benh Zeitlin. Un film magique qui nous transporte dès sa scène d’ouverture pour ne nous relâcher qu’1h30 plus tard, une fable sur le passage à l’âge adulte pleine de poésie où l’imaginaire occupe une place centrale. Benh Zeitlin semble comme nous subjugué par sa jeune actrice et parvient à nous restituer son environnement, ses émotions de manière subtile et profonde. Once there was a Hushpuppy, and she lived with her daddy in The Bathtub.

La petite perle des années précédentes que j’ai découverte en 2012 :

Alban : Bronson de Nicholas Winding Refn. Un véritable uppercut cinématographique que j’avais loupé en salles. Mieux vaut tard que jamais pour découvrir ce portrait  du criminel le plus célèbre d’Angleterre. Au programme, une mise en scène au cordeau et un montage incisif procurant au film un rythme effréné mais jamais fatigant. Un véritable OFNI sur lequel se ruer d’urgence ne serait-ce que pour l’interprétation bluffante d’un Tom Hardy méconnaissable.
Pierre : The School of Rock de Richard Linklater. Trois minutes de Jack Black grimaçant et gigotant dans tous les sens avec sa guitare auront suffi à ériger ce film dans mon panthéon des meilleurs comédies et feel-good movies de tous les temps. Un modèle de rythme.
Benoit : Valse avec Bachir d’Ari Folman. Magnifique. L’animation au service du documentaire. Tout simplement bluffant visuellement, musicalement et moralement.

Le film que je regrette d’avoir loupé cette année :
Alban : Faust d’Alexandre Sokourov. Lion d’or au Festival de Venise et précédé d’une excellente réputation critique, ce film m’intrigue notamment pour le travail opéré sur les couleurs par le réalisateur, basé sur des aquarelles qu’il a lui-même réalisé. Rattrapage en DVD imminent.
Pierre : Cosmopolis de David Cronenberg. Un film sur lequel j’avais d’énormes attentes avant d’être bêtement refroidi par les échos négatifs. De manière générale j’ai beaucoup de mal avec le Cronenberg post-eXistenZ. Le Cronenberg le plus intéressant pourrait-il être son fils Brandon, réalisateur d’Antiviral, qui sort sur les écrans début 2013 ?
Caroline et Benoit : La Chasse de Thomas Vinterberg.
Carole : The We and the I de Michel Gondry.

Le chef-d’oeuvre vu en 2012 et qui sortira en 2013 :

Alban : No de Pablo Llarain (sortie 6 mars 2013).
Benoit : Cloud Atlas, Zero Dark Thirty : bons films mais à ne pas classer en tant que chefs d’oeuvre. Cloud Atlas pour sa réalisation et son maquillage, Zero Dark Thirty pour Jessica Chastain qui tient le film de A à Z !

Les films de 2013 que nous attendons avec impatience :

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Spring Breakers de Harmony Korine, Le Transperceneige de Bong Joon-ho, Gravity d’Alfonso Cuarón, À la merveille de Terrence Malick, Only God Forgives de Nicolas Winding Refn, Before Midnight de Richard Linklater, A Pele do Cordeiro de Paulo Morelli, Mud de Jeff Nichols, Nymphomaniac de Lars Von Trier, L’écume des jours de Michel Gondry, Antiviral de Brandon Cronenberg.

Et vous, quels sont vos coups de coeur de l’année, et qu’attendez-vous pour 2013 ?

Searching for Sugar Man – Malik Bendjelloul (2012)

Ca y est, après plusieurs mois de pause, Ghost Shots reprend enfin du service ! En espérant vous faire partager nos coups de coeur comme nos plans fétiches, qu’ils soient obscurs ou évidents, dans l’actualité du moment ou totalement improbables, et cela le plus longtemps possible. D’ailleurs, si l’aventure vous intéresse, que ce soit pour un article ou plusieurs, n’hésitez pas à nous contacter.

Searching for Sugar Man… Un titre mystérieux pour ce documentaire réalisé par un jeune suédois, qui n’aurait sans doute jamais attiré mon attention sans un bouche à oreille éloquent et ô combien mérité.

searching-for-sugar-man-1Il n’est pas aisé de vous parler de ce film pour la simple raison qu’il est préférable de ne rien connaitre à son sujet pour en apprécier toutes les qualités et vivre une séance à la fois haletante et bourrée d’émotions. Je vous incite donc dans un premier temps à m’accorder une confiance aveugle et absolue et à vous ruer sans plus attendre dans l’une des (trop rares) salles qui diffusent le film. Et si vous souhaitez quand même lire ces lignes rassurez-vous, je ne dévoilerai rien qui vous gâche ce plaisir.

Partons du point de départ du film : un musicien américain connu sous le nom de Rodriguez connait un succès phénoménal en Afrique du Sud à partir des années 70, devenant le héros d’une jeunesse afrikaans anti-apartheid. Pourtant, à part deux albums sortis en 1971 et 1972 puis réédités à de multiples reprises en Afrique du Sud, personne ne connait quoi que ce soit sur lui. Les rumeurs les plus folles circulent à son sujet : il serait mort sur scène en plein concert, après s’être tiré une balle dans la tête voire carrément s’être immolé par le feu. A la fin des années 90, deux sud-africains décident de se lancer dans une enquête pour connaitre la vérité sur ce chanteur légendaire qui a marqué leur vie.

Searching for Sugar Man nous embarque ainsi dans une aventure assez rocambolesque et pleine de surprises. Si le film profite évidement du caractère exceptionnel de son sujet, il a le mérite de le traiter de façon admirable. Malik Bendjelloul a choisi une narration chronologique pour permettre au spectateur de ressentir les émotions des protagonistes lors de leur « quête », notamment leurs instants d’euphorie suivant chaque découverte. Il y parvient très habilement, et le film se vit parfois comme un thriller plein de rebondissements, ce qui est plutôt rare dans le genre documentaire qui nous a plutôt habitué à un rythme très posé.

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Parallèlement à cette enquête enrichie de différents témoignages d’anciens proches ou collaborateurs qui nous permettent de découvrir l’homme qu’est Rodriguez, nous découvrons aussi et surtout l’artiste, à travers ses mélodies, ses paroles, sa voix. Large place est donc laissée à la musique, celle-ci étant mise en valeur de façon particulièrement juste et non-intrusive grâce aux images conçues par le réalisateur (avec parfois un peu d’animation au rendu très chouette). De longs travellings latéraux le long des rues de Detroit, de ses immeubles délabrés, de ses chantiers et de ses bars glauques. Juste de quoi nous mettre dans l’ambiance des lieux où chaque mot trouve une résonance particulière, et nous plonger tout entiers dans la musique de Rodriguez.

Au bout de ce voyage quasi fantastique (pour ne pas dire fantasmagorique), une profonde réflexion s’engage sur l’art, le succès, le bonheur. L’art peut-il changer la vie ? Qu’est-ce qui fait le succès ? Quelle est la part de chance et de mérite ? (vous avez 4 heures) Beaucoup de questions restent en suspens et l’on ne peut cesser de refaire l’histoire avec des « si ». Une chose est certaine, en sortant du film vous n’aurez qu’une envie : écouter Rodriguez.

Le « ghost shot » :

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Les documentaires portant sur une histoire passée et principalement basés sur des interviews peuvent s’avérer assez plan-plan. Comment faire ressentir au spectateur l’émotion d’un instant qui n’a pas pu être capté par la caméra, autrement que par la parole ? C’est ce qu’a très bien réussi à faire Malik Bendjelloul, notamment dans ce très beau plan où s’associent à merveille la musique, l’image et la portée dramatique de l’évènement.