Metropia – Tarik Saleh (2009)

Metropia est un film d’animation suédois réalisé en 2009 par Tarik Saleh. Science-fiction ET animation résonnent pour moi comme l’une des meilleures combinaisons possibles. Nos amis japonais en connaissent un bon rayon là-dessus, mais nous autres européens pas trop. C’est donc avec plaisir (et appréhension) que je me suis lancé dans Metropia.

Metropia prend place dans un futur proche, dans une Europe surindustrialisée. Trexx, une multinationale surpuissante, a construit un gigantesque réseau souterrain permettant de relier toutes les grandes villes d’Europe. Il est alors possible de se déplacer partout en seulement quelques minutes et quelques stations de métro. Dans ce monde enseveli sous la grisaille, Roger évite par principe et par peur le métro. Lui préfère utiliser son vélo pour aller au boulot… jusqu’au jour où il est forcé de prendre ce qu’il redoutait le plus. Sa descente aux enfers commence dès lors qu’il pénètre dans l’antre souterraine. Il commence alors à entendre une voix. Mais il n’est pas fou, il le sait. Cette voix n’est pas la sienne. On essaie de le contrôler.

Conspiration, aliénation de la population, perte d’émotion, contrôle gouvernemental, Tarik Saleh a réuni toutes les composantes nécessaires à un scénario (on ne peut plus basique) de science-fiction. Mais le point fort de Metropia ne réside pas tant dans son scénario (un peu lent et décevant parfois) que dans sa réalisation et l’ambiance qui en résulte.

Metropia est avant tout une expérience visuelle impressionnante. La technique utilisée par Tarik Saleh se base sur la photographie et n’est pas sans rappeler le talentueux Terry Gilliam et ses animations délirantes de Flying Circus. Le réalisateur utilise des photographies de lieux réels et de personnes existantes, qu’il retouche minutieusement à l’aide de Photoshop puis qu’il anime avec Adobe After Effects. L’effet obtenu est une étrange déformation de la réalité.

Les personnages sont disproportionnés, voient leurs mouvements limités, restreints, contrôlés, automatisés. Le réalisateur ne nous les montrera que de face ou de profil. L’animation est ici au service du scénario. On retranscrit le malaise des gens et la pression qu’ils subissent non pas par un jeu d’acteurs mais par un jeu d’animation et par une composition maitrisée de chacun des plans du film.

Côté visuel, Tarik Saleh nous en met plein la vue, mais l’effet n’aurait pas si bien marché si le côté sonore n’avait pas suivi. La bande originale composée par Krister Linder souligne et participe à cette ambiance metropienne. Pour ce qui est des voix, le réalisateur a décidé pour chacun de ses personnages de combiner une voix connue à un faciès inconnu. C’est ainsi que Roger hérite de la tête du chef du restaurant où mangeait régulièrement l’équipe du film, et de la voix de l’acteur Vincent Gallo (Buffalo ’66). Quant à elle, Nina est la jolie combinaison d’une vendeuse de maquillage à Stockholm et de l’organe vocal de Juliette Lewis (Strange Days). Alexander Skarsgård (Melancholia) est la voix qu’entend Roger. On obtient des personnages très atypiques et on ne peut plus réels.

Avec une réalisation maîtrisée, une image impressionnante, une bande sonore de qualité, une technique très particulière et un scénario simple, le réalisateur nous offre un film d’animation de science-fiction atypique et intéressant qui vaut largement le détour.

Le « ghost shot » :

tougoudoum tougoudoum tougoudoum tougoudoum
Tout le monde est fatigué et las de sa journée.
Personne ne le remarque. Ils sont trop occupés et perdus dans leurs pensées.
Mais nous, on la voit. On peut l’observer, la suivre discrètement… sans qu’elle ne le sache…
tougoudoum tougoudoum tougoudoum tougoudoum

Metropia est visuel et sonore. Les scènes de métro qui jalonnent le film (aah c’est pour ça le nom…) sont l’exemple parfait de cette combinaison. Le réalisateur nous fait voir ce qu’il veut en réglant parfaitement ses photos et se plaît à nous faire vibrer au son du balancement des rames… tougoudoum tougoudoum

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