Inni – Vincent Morisset (2011)

C’est d’un film un peu particulier que j’ai décidé de parler aujourd’hui. En effet, Inni est un concert du  groupe islandais Sigur Rós vu par le réalisateur Vincent Morisset (lequel a notamment travaillé avec Arcade Fire auparavant). Mais il serait réducteur de parler de simple captation d’un concert. L’esthétique employée tout au long du film, le choix du cadre et des plans en font un objet cinématographique à part entière. Il a d’ailleurs été présenté en avant-première lors de la dernière Mostra de Venise.

Ce qui surprend dès que les premières images d’Inni arrivent sous nos yeux, c’est son ton très sombre, son noir et blanc brutal qui tranche singulièrement avec l’imagerie habituelle associée au groupe, ses couleurs chatoyantes et son côté proche de la nature (pour cela (re)voir le sublime clip de Glósóli ou les nudistes de Gobbledigook). Pourtant, ce choix s’impose assez rapidement comme une évidence, dès les formes étranges et lumineuses qui ouvrent chaque chanson.

La musique de Sigur Rós possède en effet un timbre unique, presque sorti d’ailleurs et d’une grande pureté qui rend assez logique cette association avec la nature. Mais cette pureté a également quelque chose de primitif, de brut avec lequel s’accordent parfaitement cette image granuleuse, parfois floue ou déformée, que le réalisateur a choisi d’utiliser. Ce n’est pas par hasard si lors de l’une des images d’archives projetées entre les chansons, l’un des membres du groupe qualifie sa musique de « heavy metal ». Cet aspect est renforcé par l’utilisation massive de gros plans qui vise à isoler un objet, un geste, un mouvement, un son. Ainsi tour à tour, la caméra se fixe sur un détail différent : un instrument de musique à la mécanique répétitive, presque hypnotique, le mouvement d’un pied ou le visage du chanteur, d’une intensité bouleversante. S’en dégage finalement quelque chose de quasi organique, même lorsqu’il s’agit de machines.

La multiplicité des points de vue permet de véritablement nous plonger au sein du groupe. Chaque membre est vu tantôt de près débordant du cadre, tantôt seul perdu dans une immensité de lumière et de fumée, ou encore en arrière-plan comme une présence réconfortante. On vit le concert complètement de l’intérieur, tel des fantômes rôdant autour des artistes, les caressant presque. Le public est d’ailleurs au départ quasiment absent à l’écran jusqu’à la dernière partie qui brise cette frontière d’une manière assez inattendue (le film ne se contente pas d’un dispositif figé et explore différentes pistes tout au long du concert). Au final, que ce soit le duo de maîtres à deux sur un piano lors de Inní mér syngur vitleysingur ou le split-screen de Sæglópur, ce que le film transmet finalement si bien, c’est cette osmose entre ces quatre individus, leur musique, et finalement, nous.

Le « ghost shot » :

Paradoxalement dans ce film, nombreux sont les plans qui m’ont marqué, beaucoup plus que dans pas mal de films « mis en scène » classiquement. Ici, j’ai choisi l’un des nombreux gros plans car il illustre à merveille cette capture de l’effort et de l’intensité réalisée par l’image qui permet de sublimer un son qui l’était déjà.

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