Searching for Sugar Man – Malik Bendjelloul (2012)

Ca y est, après plusieurs mois de pause, Ghost Shots reprend enfin du service ! En espérant vous faire partager nos coups de coeur comme nos plans fétiches, qu’ils soient obscurs ou évidents, dans l’actualité du moment ou totalement improbables, et cela le plus longtemps possible. D’ailleurs, si l’aventure vous intéresse, que ce soit pour un article ou plusieurs, n’hésitez pas à nous contacter.

Searching for Sugar Man… Un titre mystérieux pour ce documentaire réalisé par un jeune suédois, qui n’aurait sans doute jamais attiré mon attention sans un bouche à oreille éloquent et ô combien mérité.

searching-for-sugar-man-1Il n’est pas aisé de vous parler de ce film pour la simple raison qu’il est préférable de ne rien connaitre à son sujet pour en apprécier toutes les qualités et vivre une séance à la fois haletante et bourrée d’émotions. Je vous incite donc dans un premier temps à m’accorder une confiance aveugle et absolue et à vous ruer sans plus attendre dans l’une des (trop rares) salles qui diffusent le film. Et si vous souhaitez quand même lire ces lignes rassurez-vous, je ne dévoilerai rien qui vous gâche ce plaisir.

Partons du point de départ du film : un musicien américain connu sous le nom de Rodriguez connait un succès phénoménal en Afrique du Sud à partir des années 70, devenant le héros d’une jeunesse afrikaans anti-apartheid. Pourtant, à part deux albums sortis en 1971 et 1972 puis réédités à de multiples reprises en Afrique du Sud, personne ne connait quoi que ce soit sur lui. Les rumeurs les plus folles circulent à son sujet : il serait mort sur scène en plein concert, après s’être tiré une balle dans la tête voire carrément s’être immolé par le feu. A la fin des années 90, deux sud-africains décident de se lancer dans une enquête pour connaitre la vérité sur ce chanteur légendaire qui a marqué leur vie.

Searching for Sugar Man nous embarque ainsi dans une aventure assez rocambolesque et pleine de surprises. Si le film profite évidement du caractère exceptionnel de son sujet, il a le mérite de le traiter de façon admirable. Malik Bendjelloul a choisi une narration chronologique pour permettre au spectateur de ressentir les émotions des protagonistes lors de leur « quête », notamment leurs instants d’euphorie suivant chaque découverte. Il y parvient très habilement, et le film se vit parfois comme un thriller plein de rebondissements, ce qui est plutôt rare dans le genre documentaire qui nous a plutôt habitué à un rythme très posé.

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Parallèlement à cette enquête enrichie de différents témoignages d’anciens proches ou collaborateurs qui nous permettent de découvrir l’homme qu’est Rodriguez, nous découvrons aussi et surtout l’artiste, à travers ses mélodies, ses paroles, sa voix. Large place est donc laissée à la musique, celle-ci étant mise en valeur de façon particulièrement juste et non-intrusive grâce aux images conçues par le réalisateur (avec parfois un peu d’animation au rendu très chouette). De longs travellings latéraux le long des rues de Detroit, de ses immeubles délabrés, de ses chantiers et de ses bars glauques. Juste de quoi nous mettre dans l’ambiance des lieux où chaque mot trouve une résonance particulière, et nous plonger tout entiers dans la musique de Rodriguez.

Au bout de ce voyage quasi fantastique (pour ne pas dire fantasmagorique), une profonde réflexion s’engage sur l’art, le succès, le bonheur. L’art peut-il changer la vie ? Qu’est-ce qui fait le succès ? Quelle est la part de chance et de mérite ? (vous avez 4 heures) Beaucoup de questions restent en suspens et l’on ne peut cesser de refaire l’histoire avec des « si ». Une chose est certaine, en sortant du film vous n’aurez qu’une envie : écouter Rodriguez.

Le « ghost shot » :

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Les documentaires portant sur une histoire passée et principalement basés sur des interviews peuvent s’avérer assez plan-plan. Comment faire ressentir au spectateur l’émotion d’un instant qui n’a pas pu être capté par la caméra, autrement que par la parole ? C’est ce qu’a très bien réussi à faire Malik Bendjelloul, notamment dans ce très beau plan où s’associent à merveille la musique, l’image et la portée dramatique de l’évènement.

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