Sunny – Kang Hyeong-cheol (2011)

Dénuée de star au casting, la comédie Sunny a pourtant constitué un énorme succès au box-office coréen, dépassant les 7 millions de spectateurs et attirant un public aussi bien constitué de jeunes que de ménagères. Les Parisiens pourront découvrir ce film dans deux semaines puisqu’il fera l’ouverture du Festival Franco-Coréen du Film 2011. Petit aperçu de ce qui vous attend.

Déjà auteur d’un gros succès (surprise) pour son premier film Scandal Makers, Kang Hyeong-cheol semble déjà maîtriser toutes les ficelles de la comédie populaire. Deux ingrédients majeurs : un sens du rythme à toute épreuve et une histoire à même de parler à toutes les générations. Dans son film précédent, il mettait en scène un trentenaire voyant débarquer chez lui sa fille, elle-même mère d’un petit garçon. Ici, il multiplie à nouveau les points de vue en superposant les mêmes personnages à deux époques de leur vie. Lorsqu’elle découvre que l’une de ses amies d’enfance est en train de mourir, Nami part à la recherche des autres filles de leur groupe. En parallèle, nous suivons Nami lors de son arrivée au lycée…

D’un côté, le film évoque la jeunesse et toute son insouciance, les amitiés lycéennes et les premières amours. De l’autre, la nostalgie et les espoirs déçus. Vu comme ça, la partie contemporaine pourrait sembler indigeste pour un public de moins de 40 ans mais il n’en est rien, d’une part puisque les épisodes comiques y sont également très présents, d’autre part parce que ce fil conducteur constitue le suspense principal du film (va-t-elle toutes les retrouver et que sont-elles devenues ?). Le choix des actrices est particulièrement bien effectué et leur jeu cohérent puisque l’on reconnait aisément le même personnage aux deux époques de sa vie.

Mais il est vrai que la partie se déroulant dans les années 80 est la plus savoureuse. Cela tient à plusieurs choses. D’abord, la vitalité qui s’en dégage : la gouaille et l’énergie de ces sept filles s’avère vite communicative. La première scène de classe donne le ton : la caméra se retrouve propulsée dans un bordel ambiant qu’elle parcourt de manière assez fascinante. L’esthétique des années 80 est soigneusement reconstitué et nous offre une véritable symphonie de couleurs et de looks improbables. Les « gangs » de lycéennes sont impitoyables et les conflits se règlent en matchs d’insultes assez savoureux. Souvent outrancier et exagéré, le film ne verse toutefois pas trop dans l’hystérie. Kang Hyeong-cheol ne recule devant rien : si le résultat est parfois raté (les quarantenaires qui ressortent leur uniforme pour aller rosser de la lycéenne, ridicule), il peut devenir totalement jubilatoire à force de grand n’importe quoi, comme lors de cette scène où un combat de lycéennes se retrouve mêlé à une violente répression d’émeutes étudiantes par le régime autoritaire !

La réalisation est ce qu’on pourrait qualifier de « punchy », toujours en mouvement et gratifiée de quelques travellings sympathiques. Kang Hyeong-cheol évite certains écueils insupportables des comédies coréennes d’aujourd’hui, notamment l’ajout intempestif d’effets visuels ou sonores (toujours juste s’autorise-t-il discret un rougissement des joues de l’héroïne), un bon point donc. On pourra regretter que le final verse dans la mièvrerie la plus profonde (défaut déjà présent dans son film précédent), mais une ultime pirouette chantée et dansée permet de clore le film sur une note joyeuse et une énergie communicative.

Le « ghost shot » :

Visiblement, Kang Hyeong-cheol a été marqué par La Boum étant jeune. Non content de rendre hommage au film français en reprenant quasi à l’identique l’une de ses scènes célèbres (à l’image comme au son), il reprend ce thème à plusieurs reprises, à la limite de l’obsession. Sa venue au FFCF sera l’occasion de lui demander à quel point ce film l’a traumatisé !

Publicités