Time out – Andrew Niccol (2011)

Mais qu’est-il arrivé à Andrew Niccol ? C’est la question que l’on se pose quand on sort de la projection de son nouveau film Time out. Le génial auteur de Bienvenue à Gattaca et Lord of War nous déçoit en effet en nous livrant ici un film indigne de son talent. Pourtant sur le papier le film possédait un potentiel sexy indéniable, notamment grâce à son concept, à savoir un monde où le temps a remplacé l’argent, où, génétiquement modifiés, les hommes ne vieillissent plus après 25 ans. Mais à partir de cet âge, il leur faut « gagner » du temps pour rester en vie.

Le scénario est lourd car très explicatif, bavard, il est un prétexte à de nombreux jeux de mots qui comportent le mot « temps ». Tout cela est parfois ingénieux mais ne fait pas une bonne histoire. Andrew Niccol tourne en rond autour de son concept sans jamais l’approfondir en laissant même des pistes intéressantes sur le côté de la route après les avoir pourtant amorcées (la relation du time-keeper avec le père du héros par exemple).

Les grosses ficelles hollywoodiennes du film sont mêmes extrêmement visibles, à un tel point que l’on est capable d’annoncer à l’avance à quel moment un implant dramatique va être ressorti et produire son effet. On a ainsi constamment l’impression que Andrew Niccol a peur de son propre récit, comme s’il s’empêchait lui-même de ne pas développer une histoire trop complexe autour d’un concept simple, mais pourtant génial, et nous laisse finalement avec la vague impression que tout cela n’est qu’un gigantesque pétard mouillé.

Autre caractéristique invraisemblable du scénario : la relation entre les protagonistes qui se construit trop rapidement, ce qui la rend artificielle et entame sérieusement sa crédibilité. Pourtant de ce côté là, Andrew Niccol avait un véritable atout entre les mains car ses acteurs, Justin Timberlake et Amanda Seyfried, au-delà de leur potentiel sexy indéniable (et vendeur) livrent ici une prestation plus qu’honorable. Mais curieusement, on appréciera plus encore les apparitions des rôles secondaires interprétés par Vincent Kartheizer (vu dans la série Mad men) et de Cillian Murphy, tous deux impeccables. Les scènes réunissant ces deux personnages sont par ailleurs de loin les meilleures du film.

Malgré son récit boursouflé et avare en action, Time out aurait pu nous accrocher et nous surprendre par le biais de sa mise en scène et de sa direction artistique. Cependant, là encore, il n’en est rien. Malgré quelques bonnes idées et quelques cadres audacieux, la mise en scène du film est relativement classique et plate.  Quant à la direction photo signée par  Roger Deakins, elle nous laisse pantois tant on ne reconnaît pas le style de ce grand chef opérateur et tant on est déçu devant une telle platitude alors qu’à l’accoutumée c’est justement la profondeur et l’exceptionnel style de sa lumière qui nous transporte.

Le réalisateur aurait-il subit une pression trop importante de la part des studios ? Quoi qu’il en soit, nous espérons voir Andrew Niccol revenir rapidement aux commandes d’un film indépendant plus solide, dans lequel il déploiera à nouveau toute la (dé)mesure de son talent.

Le « ghost shot » :

Ghost shot double pour ce film. J’ai en effet souhaité insister sur le seul élément du film que j’ai trouvé pleinement intéressant, à savoir le compteur de temps que chacun possède sur lui. Sorte d’horloge interne, chronomètre stressant, il cristallise à lui seul tout l’intérêt du film et son concept initial. Son design n’est pas sans rappeler Matrix et nous fait d’autant plus regretter l’échec du film à développer une mythologie similaire, d’une grande richesse, qui l’aurait sans aucun doute propulsé au rang des plus grands films de science-fiction contemporains. Maybe the next time ?

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