Extrêmement Fort et Incroyablement Près – Stephen Daldry (2011)

« Parfois il faut affronter ses peurs. »

Le 11 septembre 2001, Thomas Schell, bijoutier, perd la vie dans le plus grand attentat qu’ait connu les Etats-Unis. Il laisse derrière lui son épouse et son jeune garçon de 13 ans, avec qui il détenait une très grande complicité. Oskar découvre, un an plus tard, une clé perdue dans un vase, dans le dressing de son père. Persuadé qu’elle a été placée là exprès, ils avaient l’habitude de se livrer à de véritables chasses au trésor dans tout New York, il va se mettre en tête de trouver ce qu’elle ouvre. Il va alors, tout au long de sa quête, rencontrer une multitude de personnages et évoluer à travers leurs regards et leurs attentes.

Tous les thèmes classiques associés à la perte d’un être cher sont là : le déni, la colère, la dépression, le sentiment de culpabilité et finalement, l’acceptation. L’histoire se nourrit également du rôle qu’a joué la technologie dans cette tragédie, en donnant la part belle aux portables, répondeurs et à la télévision. La particularité de ce film est de retracer l’un des évènements les plus marquants de l’histoire de ce pays à travers les yeux et le cœur d’un enfant. Singulier, présentant en apparence toutes les caractéristiques du syndrome d’Asperger, Oskar n’est pas un garçon lambda. Frappé de plein fouet par le destin, réduit à se réfugier dans un mausolée créé à la gloire de son père, entouré de reliques, quitte à rejeter sa mère, Oskar préfère espérer. Espérer retrouver un objet, un indice, un signe que son père n’a pas complètement disparu. Il a besoin de le refaire vivre. Il y a également une réflexion sur l’écoute et l’expression, orale et écrite. C’est en cela que le film est intéressant. La douleur et le désespoir d’Oskar sont tels qu’il préfère se réfugier dans sa peine et ses obsessions (les corps qui tombent…) plutôt qu’affronter la réalité.

Thomas Horn porte le film sur ses frêles épaules de manière magistrale. Avec un jeu nuancé, il est d’une sensibilité et d’une maturité impressionnantes. Sa performance est à mettre à l’égal de celle de Christian Bale dans L’Empire du Soleil de Steven Spielberg. Il y a une très grande ressemblance entre ces personnages, la manière qu’ils ont de fuir la réalité en se créant un imaginaire et en se raccrochant à leurs obsessions, comme si leurs vies en dépendaient. Bale avait John Malkovich, Tomas Horn a aussi un acolyte de renom en la personne de Max Von Sydow, le mystérieux Locataire. Hébergé par la grand-mère d’Oskar, il va jouer un rôle fondamental dans la vie du jeune garçon. Les deux vont se livrer à une véritable partie de ping-pong émotionnel, tous deux ayant vécu un traumatisme dont ils peinent à se remettre. L’un exprime son chagrin ouvertement, l’autre ne le peut pas. Ils forment, sans aucun doute, le plus beau duo du film.

Le gros péché d’Extrêmement Fort et Incroyablement Près reste la mise en scène, beaucoup trop ostentatoire, sonore et colorée, sans parler du montage. Nombre de séquences sont hachées, entrecoupées de flashbacks de toutes sortes. On peut imaginer l’intention du réalisateur : nous faire ressentir la folie du monde telle qu’Oskar la ressent, mais ce manque total de sobriété dévaloriserait presque l’horreur de ce drame… Fait surprenant car Stephen Daldry s’était fait connaître avec Billy Elliott, œuvre d’un grand réalisme. Le film pâti également d’un déferlement de pathos et de bons sentiments, particulièrement dans la dernière demi-heure. Contrairement à Thomas Horn, Sandra Bullock, qui joue la mère d’Oskar, n’allège pas tellement ce débordement. A noter Tom Hanks, Viola Davis et Jeffrey Wright, très bons dans les rôles de Thomas Schell, Abby Black et William Black.

Film puissant s’il en est, à vous couper le souffle, mais grossièrement exécuté.

Le « ghost shot » :

Un tournant dans le film, Oskar raconte son secret pour la première fois. « Il fallait que je le dise à quelqu’un. » Le Locataire, qui est dans la lumière, ne peut pas l’interrompre. Toute la détermination et la peur se lisent dans le regard du jeune garçon. La pièce est sombre, son sweatshirt orange l’illumine et fait ressortir ses yeux. Toute la peine et la frustration d’Oskar sont révélées au grand jour. A la fin de la séquence, il sort de la pénombre afin de montrer ses blessures. Edifiant.

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3 Responses to Extrêmement Fort et Incroyablement Près – Stephen Daldry (2011)

  1. David T says:

    Le problème n’est pas tant dans le désir d’accoucher d’une mise en scène bariolée que dans l’excès de bons sentiments sirupeux je dirais, symbolisé par Bullock comme tu le soulignes. Mais pour ce qui est de la mise en scène, au contraire, je pense que le défaut à ce niveau, c’est que justement, c’est ce dont le film a besoin mais Daldry maîtrise cela très mal. Heureusement que la mise en scène n’est pas sobre, cela aurait encore plus accentué le côté dégoulinant du film. Le roman de Foer avait besoin d’un cinéaste plus fou que Daldry, je pense.

  2. Caroline de Regnauld says:

    Je suis d’accord qu’il fallait un « fou » pour réussir ce film. Néanmoins, je pense vraiment que certaines séquences auraient gagné à être plus sobres et je ne parle pas forcément de ces moments de pathos presque insupportables, même si, j’imagine que dans les bonnes mains, elle auraient pu être plus regardables aussi. Dans ces cas-là, je ne suis pas certaine que la simplicité aurait obligatoirement fait la part belle aux bons sentiments. Elle aurait peut-être permis plus d’authenticité, mais j’avoue qu’il aurait fallu un réa et un scénariste très habiles.

  3. Ping : Bilan de l’année 2012 « Ghost Shots

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