Bullhead – Michael R. Roskam (2011)

Prix du Nouveau Genre au dernier Étrange Festival de Paris et nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger, Bullhead nous plonge dans un univers peu familier : un réseau de trafic d’hormones dans le milieu de l‘élevage bovin belge.

Jacky, issu d’une famille de petits agriculteurs et éleveurs flamands est sur le point de faire affaire avec de gros trafiquants. L’éleveur est un colosse qui s’injecte les mêmes hormones qu’à ses bêtes et a développé avec les bovidés des ressemblances frappantes : regard vitreux, cou de taureau, tête rentrée et muscles saillants. Alors qu’un inspecteur fédéral chargé d’enquêter sur le trafic est assassiné, la police va commencer à s’intéresser de plus en plus près à ses activités.

Le film repose pour une large part sur les épaules massives de Matthias Schoenaerts : celui-ci, qui a pris 27 kilos pour le rôle, nous livre une prestation impressionnante. Nous aurons d’ailleurs le plaisir de revoir l’acteur prochainement sur nos écrans puisqu’il interprétera le rôle principal du prochain film de Jacques Audiard : Un goût de rouille et d’os.

Le récit bascule lorsqu’un flashback nous plonge dans la jeunesse du héros : ce qui nous est alors révélé est plus encore qu’une blessure d’enfance, c’est un drame fondateur. Nous découvrons alors l’humanité sous l’aspect bestial, et le regard  franchement moqueur qu’on avait pu porter au départ sur Jacky se charge d’une profonde empathie. Le film mêle alors avec succès deux registres très différents : le drame intimiste et le thriller mafieux. La richesse de Bullhead tient également à son univers très singulier, qui nous emmène à travers un pays divisé par ses disparités régionales et linguistiques.

Là où le récit aurait pu se borner à l’étalage d’une galerie de personnes minables, petites frappes flamandes et demeurés wallons, il fait preuve d’une envergure et d’une ambition bien plus larges. Le film n’est pas exempt d’un humour qu’on serait en droit de trouver un peu poussif, mais qui étonnamment s’intègre bien au récit et lui apporte même une richesse supplémentaire. Le mélange des genres inattendu entre le drame et le grotesque fonctionne parfaitement.  Au final, c’est une grande tristesse qui émane de ce film profond et fort et de son héros au destin tragique.

Un des nombreux mérites de l’excellent Bullhead est la parfaite maitrise de sa réalisation. La mise en scène est fluide, le cadre précis. Au fil du film les plans s’assombrissent progressivement pour suivre l’évolution du récit. Une grande beauté mélancolique se dégage des images de la campagne belge, ce pays plat si cher à Brel.  Avec Bullhead, premier long métrage de Michael R. Roskam, nous découvrons ainsi un réalisateur et un comédien à suivre de très près.

Le « ghost shot » :

De nombreuses scènes dépeignant le héros nu, recroquevillé sur lui-même émaillent le récit. Bullhead interroge avant tout la posture virile et ses failles : inadapté social et manquant totalement d’assurance, ce héros mutique contraste singulièrement avec sa musculature colossale.

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2 Responses to Bullhead – Michael R. Roskam (2011)

  1. J’avais été légèrement déçu par le film puisqu’on m’avait vendu le réalisateur comme le nouveau Nicholas Winding Refn, et j’avais aussi eu beaucoup de mal avec les passages « comiques » en français qui collaient mal à la tension du film. Mais je garde un souvenir excellent de la prestation de l’acteur principal et de la manière de filmer son corps. La scène de ton ghost shot est l’une de mes préférées du film.

  2. Ping: Bilan de l’année 2012 « Ghost Shots

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