Martha Marcy May Marlene – Sean Durkin (2011)

Présenté au dernier festival de Cannes dans la section Un certain regard et auréolé du prix de la mise en scène au festival de Sundance en 2011, Martha Marcy May Marlene sort enfin sur nos écrans le 29 février prochain.

Il est assez rare qu’un premier long-métrage me secoue comme celui-ci l’a fait.  En effet, ce n’est pas moins qu’une leçon de cinéma que nous assène le jeune Sean Durkin, précédent auteur d’un court-métrage à succès : Mary last seen, dont il développe ici le sujet : les sectes.

Soit l’histoire de Martha, jeune femme que l’on découvre de prime abord vivant dans une ferme en communauté libre. Mais cette communauté d’apparence paisible va vite se révéler être une secte à forte propension machiste voire carrément mysogine, qui va lentement dériver vers des actes de violence de plus en plus conséquents. Martha, rebaptisée Marcy May par le leader charismatique de la secte, arrive à s’en échapper.  Elle tente alors de se reconstruire et de retrouver une vie normale auprès de sa sœur ainée et de son beau-frère à qui elle est incapable d’avouer la raison de sa disparition.

Mais Martha est persuadée que les membres de la secte la pourchassent toujours. Les souvenirs qui la hantent se transforment alors en effrayante paranoïa et la frontière entre réalité et illusion se brouille peu à peu… c’est de ce parti-pris narratif que le film de Sean Durkin tire toute sa puissance. En ne dissociant par aucun élément visuel le passé du présent,  le réalisateur nous plonge au sein-même des souvenirs embrumés de Martha. Plus le film avance et plus la frontière entre souvenirs réels et possiblement fantasmés se réduit, sans jamais nous proposer de réponse.

Cela contribue à créer une atmosphère onirique et flottante mais aussi à forte tendance horrifique. En effet une angoisse sourde et effrayante sous-tend tout le film. Le danger semble être tapi partout autour de Martha. Cela se traduit par le biais d’un travail de précision exceptionnelle sur le cadre ; travaillé en son sein par une tension résultant de l’emploi de violents décadrages et doublé d’un montage habile qui brouille les pistes. Souvent Martha est isolée, seule dans le cadre. Reflet de son incapacité à se réintégrer dans la cellule familiale et à reprendre une vie normale. Condamnée à errer entre deux mondes : un qu’elle fuit et l’autre dans lequel elle n’arrive plus à trouver sa place.

Ainsi, Sean Durkin nous invite à ne faire plus qu’un avec son personnage, et fractionne progressivement son identité, nous en dévoilant toujours plus de facettes, sans nous permettre de dissocier si elles sont réelles ou imaginaires.  Peu à peu le titre du film prend alors tout son sens, à mesure que le traumatisme de Martha la mène à perdre de plus en plus pied avec la réalité qui l’entoure. Soulignons à cette occasion le superbe travail sonore, minimal mais jamais minimaliste, effectué pour évoquer les éléments qui hantent ponctuellement le protagoniste.

Mais le film doit également beaucoup au travail des comédiens, dont le casting est par ailleurs absolument impeccable.  Impossible ici de ne pas parler d’Elisabeth Olsen, sœur des jumelles surmédiatisées qui portent le même nom et qui, ici trouve son premier rôle sur grand écran. Elle y crève l’écran tant sa présence et son talent sont saisissants. Gageons que ce premier rôle sera loin d’être le dernier tant son investissement physique et émotionnel est total et, additionné aux autres qualités de ce film, en font la grandeur et la particularité.

Pour résumer, Martha Marcy May Marlene est un premier film précis maîtrisé qui laisse penser que son auteur, le jeune Sean Durkin n’a pas fini de nous surprendre à l’avenir.  Reste à voir s’il saura passer le cap du second film avec sérénité. Quoi qu’il en soit, un cinéaste prometteur est né.

Le « ghost shot » :

 

 Ce ghost shot est issu d’un moment hypnotique et très troublant du film, à savoir l’interprétation par le leader de la secte de la « Marcy’s song ». Le regard de John Hawkes, le choix de mise en scène opéré (un champ-contrechamp basé sur un raccord regard soutenu) et la musique procurent à ce moment une intensité palpable et reflètent l’emprise que le leader assoit sur l’ensemble du groupe et notamment sur Martha. Captivant.

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4 Responses to Martha Marcy May Marlene – Sean Durkin (2011)

  1. Benoit Weber says:

    Excellent film! J’ai adore! Un gros coup de coeur egalement.
    Un film stressant et tout en tension, sans utiliser les artifices classiques des films du genre.
    Et Elisabeth Olsen… ouaaah
    Tres tres bon film! (J’avais commence un article…. 🙂 )

  2. David T says:

    Je l’ai vu l’année dernière à la reprise des fimls d’Un Certain Regard à Paris, c’est effectivement un fim saisissant.

  3. Romain says:

    Film prenant, on sort tendu de la salle. L’effet est réussi. Et Elisabeth Olsen vraiment très très convaincante dans son rôle de rescapée paumée. A voir !

  4. Ping : Bilan de l’année 2012 « Ghost Shots

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