Polisse – Maïwenn (2011)

Troisième long métrage de Maïwenn et Prix du jury au dernier festival de Cannes, Polisse nous plonge dans le quotidien méconnu de la Brigade de protection des mineurs (BPM).

Les choix de mise en scène oscillent entre documentaire et série télévisée : nous entrons dans le quotidien et l’intimité des membres de la brigade, dont les personnalités se révèlent au fil de la multitude d’affaires traitées. Les situations de maltraitances auxquelles font face ces policiers pèsent sur chacun et nous découvrons rapidement que leur vie privée est marquée par le poids d’une profession peu commune.

Si les acteurs se distinguent par leur jeu, à commencer par Marina Foïs et Joey Starr, les personnages tiennent malheureusement du pur cliché de la fiction policière : le flic brutal mais au grand cœur, l’anorexique, l’alcoolique dans le déni…
Le récit déstructuré est constitué d’une succession de courtes enquêtes. Le lien est censé venir du personnage de Mélissa, interprétée par Maïwenn, photographe bobo venue suivre le quotidien de la brigade et plongée dans la réalité parfois sordide du 19ème arrondissement de Paris. Cette mise en abyme du travail de la cinéaste apparaît comme superficielle et ne semble justifiée que par un narcissisme déplacé. Le personnage porte la scène la plus ridicule du film, où métamorphosée par un amour naissant la photographe enlève chignon et lunettes, artifices utilisés par « peur qu’on ne (la) prenne pas au sérieux ».

Le film aborde de nombreux sujets complexes et difficiles : la sexualité des mineurs d’aujourd’hui, l’absence de repères et de normes sexuelles dans certains milieux, la transcendance des tabous dans les classes sociales. Le cœur du film est passionnant et traite des conséquences de l’investissement des policiers dans leurs vies personnelles : la distance nécessaire mais douloureuse à prendre avec son travail, les modifications des rapports des policiers avec leurs propres enfants…

Malheureusement personnages et situations ne sont qu’effleurés de manière superficielle et le film n’a pas le courage d’aller au fond des choses. Ainsi lors d’une des premières scènes où une fillette accuse son père d’attouchement, nous réalisons soudainement que l’enfant est peut-être en train de mentir, mais nous ne saurons jamais comment aboutira l’enquête et ce qu’il adviendra du père. La réflexion sur la valeur du témoignage d’un enfant n’est pas même ébauchée.

De nombreuses scènes ne sonnent pas juste, voire manquent cruellement de crédibilité. Ainsi, une jeune fille roumaine arrêtée pour un vol à la tire dénonce immédiatement son oncle aux policiers qui l’interrogent. Le camp où vit sa famille est investi par la brigade au milieu de la nuit, les enfants sont tirés du lits, photographiés puis enlevés à leurs parents. Dans le bus qui les amène dans un foyer ceux-ci se mettent alors soudainement à danser joyeusement au milieu des policiers, contre toute vraisemblance…
Le film prend le parti pris confortable de considérer les enfants comme de pures victimes d’adultes pervers et exploiteurs : or, la famille et le clan sont parfois les seuls repères d’enfants ayant grandi en dehors de tout modèle sociétal. On ne s’affranchit pas aussi facilement des règles et codes de vie d’un milieu, même criminel.  Le  récit ne laisse cependant aucune place à la complexité des situations.

Mais le pire tort de Polisse reste sa recherche constante de l’émotion facile et son voyeurisme. Les enfants ne sont que des prétextes à l’étalement de situations pathétiques et de moments de bravoure policière. Ils représentent le faire valoir d’une galerie de personnages, des anecdotes destinées à mettre en valeur l’humanité des membres de la brigade. Dans un tel contexte, ce procédé ne peut que choquer. Un pareil sujet aurait décidément mérité mieux.

Le « ghost shot » :

Dans cette scène, une mère est interrogée sur les pratiques sexuelles de son mari, suspecté d’inceste sur leur fille. Le couple est un cliché de la bourgeoisie parisienne, illustrant ainsi, si besoin l’était, que l’inceste n’est l’apanage d’aucune catégorie sociale. La crudité des propos tenus lors de l’interrogatoire n’est justifiée par aucune conséquence dans le récit, et l’histoire de cette femme est laissée sans suite. On peut pour le moins s’interroger sur la légitimité d’une telle scène.

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3 Responses to Polisse – Maïwenn (2011)

  1. Yann says:

    Je suis d’accord avec toi, le film n’est pas aussi bien que ce qu’on peut l’entendre dans les médias : les scènes s’entrecoupent, on ne sait pas toujours ce qui va se passer (et on aimerait bien le savoir).
    Mais dans ton ghost shot, à part si je me trompe,ce n’est pas son mari qui connait des gens haut placés ? Parce que dans ce cas, on imagine bien qu’il va rien lui arriver vu qu’il a des relations … non ? Ou je me trompe de personnage ?

  2. Carole Bogdanovscky says:

    Oui c’est bien son mari qui dit « connaitre des gens ». Justement, je trouve que ce qui est suggéré dans le film n’est pas crédible: le mari avoue spontanément sa culpabilité aux enquêteurs et il est insinué que parce qu’il est riche et qu’il a des relations il risque d’échapper aux poursuites (et Joey Starr de casser la gueule du type, parce qu’il est peut être un peu rustre mais il a le coeur sur la main et le sens de la justice. Erk.). J’ai déjà du mal à croire que l’enquête d’un inceste sur mineure puisse être aussi facilement enterrée quand le coupable a fait des aveux filmés, mais passons: ce qui me parait le moins vraisemblable dans tout ça c’est la réaction du mari. Il est certes présenté comme un pervers mais pas comme un idiot: même s’il a un sentiment d’impunité j’ai du mal à imaginer qui ne s’inquiète pas du tout des conséquences de ses aveux sur le reste de sa famille, la réaction de ses connaissances, etc… et qu’il soit trop stupide pour ne pas se taire ou mettre en doute le témoignage de sa fille.
    Globalement dans tout le film on ne voit aucun travail d’investigation des enquêteurs: les coupables avouent tout immédiatement, c’est un peu facile! D’autant qu’on parle de crimes sexuels sur des mineurs, il n’y a rien de plus aussi unanimement condamné dans notre société: il me semble qu’on pourrait s’attendre à ce que les coupables soient davantage dans le mensonge ou le déni…

    • Yann says:

      Le mec qui connaît des gens et qui s’en fout des conséquences, j’ai trouvé ça crédible. Après, que les enquêtes ne sont pas plus approfondies, oui, ça c’est tout à fait vrai. Mais bon, je ne crois pas que c’était le but de la réalisatrice …..

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