All the Real Girls – David Gordon Green (2003)

L’actualité aurait plutôt voulu que je parle du dernier film de David Gordon Green, Your Highness, sorti dans les salles début septembre. Il faut dire qu’il avait de quoi faire rêver : Zooey Deschanel, Natalie Portman, James Franco et Danny McBride sous la caméra du réalisateur du génial Pineapple Express, dans un univers heroïc-fantasy ! Attendu de longue date, le film s’est planté aux Etats-Unis et sa sortie française s’est résumée à quelques écrans sans la moindre couverture presse. S’il ne vole certes pas haut et qu’il souffre d’effets spéciaux dignes de Xena, la guerrière, le film n’est tout de même pas le ratage annoncé et s’avère assez jubilatoire par moments. C’est L’impossible blog ciné qui m’a rappelé qu’avant son virage comique, David Gordon Green avait réalisé des films, et un fameux L’Autre rive que j’avais découvert par hasard au Festival Entrevues de Belfort il y a quelques années. Et encore avant cela : All the Real Girls.

Paul et Noel tombent amoureux. Problème : Noel est la soeur du meilleur ami de Paul. Et celui-ci connait bien le passé de Paul, sait qu’il a déjà couché avec toutes les filles des environs avant de les laisser tomber. Mais pour Paul, Noel est différente des autres.

A la lecture de ces quelques lignes de scénario, on pourrait se croire dans la plus banale des romances. On se voit déjà baladé entre deux personnages qui s’aimeraient, se quitteraient puis s’aimeraient à nouveau… Pourtant, si c’est peut-être ce qui se passe (de manière bien moins caricaturale) dans All the Real Girls, ce n’est pas ça qui compte, l’enjeu est ailleurs. Le film n’est pas dans une logique de « l’après », mais dans celle du présent. Ce qui va se passer dans la scène suivante importe peu (et certains « rebondissements » font d’ailleurs l’objet d’ellipses), c’est ce qui se vit à l’écran qui captive. Le film navigue ainsi sur un rythme particulier, où la notion de temps est flottante, une durée variable s’écoulant entre les scènes. Il n’est pas cloisonné : le film s’ouvre sur deux merveilleux instants empreints de poésie. Il y a un avant puisque nous découvrons les deux personnages déjà épris l’un de l’autre, et il y aura un après.

Pour parvenir à dégager un tel ressenti émotionnel, David Gordon Green réussit à obtenir une performance éblouissante de ses acteurs. J’ai rarement été autant marqué par le phrasé des acteurs dans un film. Chaque parole, chaque mot prononcé avec cet accent rural presque musical fait résonner quelque chose. Paul Schneider semble insaisissable, son jeu subtil et à fleur de peau est peu commun et très fort. Zooey Deschanel (dont je suis amoureux de la voix) joue dans un registre différent de celui dans lequel elle est un peu enfermée (la fille pas banale), ce qui la rend peut-être encore plus touchante que d’habitude. Les différents seconds rôles, de Danny McBride drôle mais loin de son rôle habituel de bouffon, à Patricia Clarkson en mère du héros l’obligeant à faire le clown (littéralement) dans un hôpital lors d’une scène assez hallucinante, apportent également beaucoup.

La musique est très présente sans être envahissante, elle accompagne les personnages avec une certaine délicatesse La présence de nombreux plans larges et l’environnement rural, évoquent un autre film, Shotgun Stories, dont nous avons parlé il y a peu. Pas étonnant : c’est David Gordon Green qui a produit ce film. On sent également que l’ombre du grand Malick n’est pas très loin de ces deux-là. Cet ensemble très cohérent, porté par la grâce de ses acteurs, délivre une poésie singulière laissant libre cours aux émotions. J’espère que David Gordon Green a encore beaucoup à nous offrir.

Le « ghost shot » :

Etant un véritable fétichiste des scènes de bowling au cinéma, je ne pouvais pas ne pas choisir cette scène. Comme une métaphore de leur relation, les deux amants s’enlaceront ensuite au centre de la piste, tels deux quilles prêtes à voler en éclats. Puis, elle lui tournera le dos et lui se mettra à danser. Un moment magique.

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5 Responses to All the Real Girls – David Gordon Green (2003)

  1. Tred says:

    J’espère aussi que David Gordon Green retournera à l’avenir vers ce genre de drame esthétique et à fleur de peau dans la veine du cinéma de Malick. Je trouve que c’est un excellent réalisateur de comédie, mais j’espère qu’il ne restera pas cantonné dans le genre.
    Je suis en tout cas ravi de t’avoir rappelé au bon souvenir de Green 😉
    Il faudrait que je le revois d’ailleurs, car à l’époque je ne connaissais pas Danny McBride, dont je suis depuis fan…

  2. Dans sa meilleure comédie Pineapple Express, il hérite quand même d’un script en or, du coup il est plus difficile de juger de son apport par rapport à un autre réalisateur. T’as vu George Washington et Snow Angels sinon ? Le premier me tente pas mal.

    Et des perles comme ça, tu m’en conseilles quand tu veux 😉

  3. deathlapinoo says:

    L’ombre de Malick, rien que ça? Restons modérés 🙂
    Autant j’ai carrément haï Your highness, autant j’aime beaucoup ses premières réalisations (mais qu’est ce qui l’a poussé à prendre un tel virage???)
    Dans All the real girls, plus que la romance subtile, j’aime beaucoup le caractère confiné du film, ce côté trou perdu américain ou tout le monde connait les agissements tout le monde. Ca fait de ce film pour moi une antithèse climatique (haha) au génial Winter’s Bone, ce même caractère étouffant de village, sous le soleil dans All the real girls, et sous la neige dans Winter’s Bone. Mais oui, la scène de danse en clowns reste un grand moment du film.
    Sinon, je ne peux que te recommander George Washington, juste son meilleur film pour ce que j’en ai vu, avec toujours ce caractère de village, mais on se rapproche plus d’un regard humain à la Cassavetes ou à la Charles Burnett, le petit côté réalisateur poseur en plus 🙂

  4. L’ombre de Malick, ça reste modéré non ? ^^
    Your Highness m’a fait rire dans sa médiocrité (les blagues avec le pénis de minotaure, haha). Par contre Pineapple Express, c’est grandiose dans son genre ! C’est vrai qu’il y a vraiment peu de points communs entre ses premiers films et ses comédies récentes. Et j’ai pas l’impression que ses prochains films renouent avec son passé…

    En tout cas je case George Washington dans ma watchlist à court terme (et Winter’s Bone gagne quelques places).

  5. Tred says:

    Snow Angels je l’ai pas vu, c’est un manque, il est temps que je me penche dessus !
    Quant à l’ombre de Malick sur les premiers films de Green, je soutiens ce rapprochement !
    Winter’s Bone est pas mal non plus. Un pendant noir et étouffant en effet.

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