The Tree of Life – Terrence Malick (2011)
28 juillet 2011 2 Commentaires
Pour ce second article, j’ai choisi de vous parler du film ayant obtenu la Palme d’or au dernier Festival de Cannes : The Tree of Life de Terrence Malick. Choix délicat car beaucoup d’encre a déjà coulé pour commenter ou analyser ce film somme, mais en rien assommant, qui a beaucoup divisé les spectateurs comme les critiques.
En effet, The Tree of Life est un film qui flirte avec la forme expérimentale et qui laisse à son spectateur une part d’interprétation personnelle. C’est aussi un film dont le fond peut être qualifié de spirituel, voire religieux, dans un sens péjoratif, par certains de ses détracteurs.
Or, The Tree of Life est un film sur la vie, sous toutes ses formes. Une ode à la nature (thème structurel du cinéma de Malick), et à l’Homme ; une tentative d’analyse et de retranscription de l’expérience subjective d’un être humain sur la majeure partie de sa vie, mise en parallèle avec l’évolution de l’humanité dans son ensemble.
Soit l’adoption du point de vue de Jack, dont la voix off parcourt le film. Ayant grandi dans les suburbs américains dans les années 50, partagé entre l’autorité de son père et la douceur de sa mère (la voie de la nature et la voie de la grâce pour reprendre les termes du film), Jack vient de perdre un de ses frères et ce deuil va provoquer en lui une réminiscence du passé, notamment de son enfance, ainsi qu’une réflexion sur la vie dans sa globalité.
Vous l’aurez compris, le film de Malick est chargé de symboles et de thèmes délicats à traiter car vastes, universels et dont la perception est éminemment subjective. A première vue cette accumulation de thèmes et cette ambition narrative peut paraître porteuse de confusion par péché d’excès, et l’usage dans le film d’une forme narrative très déconstruite participe à cette confusion.

Cependant, si l’on porte un regard empreint de recul sur le film on peut comprendre l’impression qu’à voulu retranscrire le cinéaste à l’écran. En adoptant le mimétisme des flux de mémoire et des mouvements de réflexion spirituelle erratiques de son personnage principal par le biais des mouvements de caméra fluides et du montage cut, Terrence Malick plonge le spectateur dans l’intériorité de ce dernier et nous replace au sein d’un questionnement personnel qui devient aussi le nôtre.
L’ambition de Malick ne connaît pas de limites, ainsi, de la création du cosmos jusqu’à la naissance d’un enfant, de la gravité à l’apesanteur, il n’y a qu’un pas, que le montage permet de sauter. Les mises en parallèle se multiplient et la forme du film se complexifie et se densifie au fur et à mesure de son évolution.
The Tree of Life est un film à la structure narrative organique dont chaque élément vient questionner ou enrichir le sens de ceux qui les entourent. Mais malgré cela, quelque chose de toute évidence nous échappe constamment, la mise en scène de Malick prend des allures mystiques. Pour reprendre une expression chère à Andreï Tarkovski, on a l’impression ici que Terrence Malick « sculpte le temps » et signe un film profondément paradoxal oscillant sans cesse entre légèreté et gravité, allégorie chrétienne et théorie de l’évolution. Mais sans que l’on puisse vraiment l’expliquer, ce grand monument instable et fragile trouve pourtant un équilibre et nous touche en plein cœur.

Malick cinéaste des affects et de l’insaisissable, tente ici de capter l’invisible, l’essence même de la vie, et d’en percer le mystère. Qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ? Sommes-nous conditionnés par notre enfance, notre éducation, ou bien portons-nous en notre sein les germes d’un destin tout tracé ?
Pour tenter de répondre à cette question le réalisateur se place en démiurge, en position d’observateur, et adopte un regard proche de celui d’un anthropologue. Il observe la vie et la naissance d’un enfant avant de suivre les principales étapes fondatrices de sa personnalité : son rapport aux autres, son rapport à la violence et au mal, sa découverte de la culpabilité… C’est là que le film de Malick puise toute son ampleur et sa puissance : dans les parties du film qui traitent de l’enfance de Jack et où le cinéaste adopte le point de vue de cet enfant qui part à la découverte du monde qui l’entoure.

Sous ses apparences déconstruites, The Tree of Life est au contraire un film au cheminement très structuré et très construit. Par l’emploi d’un montage très cut, qui fait la part belle aux faux raccords aux jump cuts et au montage d’idées, Malick cherche à retranscrire à l’écran une sensation d’immensité, d’imprévisibilité, comme si quelque chose nous échappait et serait à jamais insaisissable. En cela The Tree of Life est un film qui se construit en porte à faux de tout déterminisme.
Plus on essaye de maîtriser et plus tout nous échappe. Ce pourrait être la thèse développée par Malick, et ce qu’il expérimente lui-même au sein de son film, qui en devient par là-même une entité indépendante, porteuse de sa propre vie et dont l’expérience sera unique pour chaque spectateur.
The Tree of Life apparaît alors comme un trip psychologique, philosophique et métaphysique ultime, dont, quoi qu’on l’en pense, ne pourra laisser personne indifférent. Preuve que Malick fait sans conteste partie des grands cinéastes de notre temps.
Le « ghost shot » :

Ce plan magnifique, est porteur d’une forte charge symbolique. En refusant de montrer les enfants en train de jouer mais en préférant filmer leurs ombres, Malick fait un choix de mise en scène fort.
Les ombres animées peuvent être ainsi vues comme représentant l’enfance éphémère et l’innocence qui la caractérise. Il signifie la mort prochaine de ces moments de joie éphémère, volés au temps. Deux ombres, comme de sombres présages de l’avenir incertain, imprévisible et du nécessaire passage à l’âge adulte.






Triplement récompensé à Berlin, par l’Ours d’or et deux prix d’interprétation collectifs pour l’ensemble de la distribution, Une séparation, film iranien de Asghar Farhadi est une vraie surprise en ce milieu d’année. C’est aussi un véritable uppercut, prouvant que le cinéma venant d’Iran est loin de s’essouffler malgré les conditions difficiles dans lesquelles les artistes sont forcés à créer (ou à ne pas créer).
Cela est notamment dû au travail qu’il mène avec eux bien avant le tournage au gré de nombreuses répétitions. Ils sont ainsi impliqués très tôt dans le processus de création artistique ce qui n’est pas sans évoquer les méthodes de travail de cinéastes grands directeurs d’acteurs tels que Mike Leigh ou John Cassavettes.
Juge, le spectateur l’est dès le premier plan du film où le réalisateur choisit de nous placer dans le point de vue subjectif du juge qui doit trancher dans l’affaire de divorce des protagonistes. En moins de quelques minutes tout est dit : la séparation annoncée par le titre a lieu, et est posée comme incident déclencheur probable du récit à venir, les protagonistes sont présentés et le spectateur, même inconsciemment est déjà pris à parti. Il le sera d’ailleurs tout le reste du film.
Difficile de ne choisir qu’un seul plan dans ce film. J’ai donc choisi celui-ci, qui reflète parfaitement la puissance narrative de la majeure partie des plans du film. En effet, le génie de Farhadi est de toujours séparer ses personnages en les cloisonnant au sein du cadre par le biais d’obstacles qui gênent ou obstruent leur visibilité ou mobilité (barreaux, vitres, stores). Impossible ainsi pour les personnages de sortir de leur prison, qu’elle prenne la forme d’une injustice, de mensonges ou d’un quotidien aliénant. Chacun reste donc isolé des autres, sans véritable possibilité de réconciliation.
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