Focus sur… L’Attentat, un film de Ziad Doueiri

Bonjour à toutes et à tous,

Aujourd’hui je vous propose un type d’article un peu particulier sur Ghost shots à savoir un aperçu d’un film qui n’est pas encore sorti en salles. Pour cette grande première j’ai décidé de promouvoir le film L’Attentat du réalisateur libanais Ziad Doueiri.

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Le film est adapté du roman éponyme de l’écrivain algérien Yasmina Khadra. L’adaptation a été co-écrite par Joëlle Touma et Ziad Doueiri.

Synopsis : Dans un restaurant de Tel-Aviv, une femme fait exploser une bombe qu’elle dissimule sous sa robe de grossesse. Toute la journée, le docteur Amine, israélien d’origine arabe, opère les nombreuses victimes de l’attentat. Au milieu de la nuit, on le rappelle d’urgence à l’hôpital pour lui annoncer que la kamikaze est sa propre femme. Refusant de croire à cette accusation, Amine part en Palestine pour tenter de comprendre.

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J’ai décidé de dédier un article à ce film car, après avoir été en partie tourné en Israël, il s’est vu interdit de sortie au Liban, pays d’origine du réalisateur, à la demande du bureau de boycottage d’Israël rattaché à la Ligue arabe.

Ceci est d’autant plus injuste que le film avait obtenu précédemment son droit de diffusion sur le territoire libanais du bureau du ministre de l’intérieur…

Extrait de presse (source : 20 minutes) qui fait état de ce non-sens absolu :

Le film avait été autorisé en mars par le ministère, avant que celui-ci ne revienne sur sa décision après une demande du bureau de boycottage sollicitant son interdiction non seulement au Liban mais dans tous les pays arabes. La censure, qui relève d’une branche du ministère de l’Intérieur, s’applique si l’oeuvre incite aux dissensions confessionnelles, porte atteinte aux moeurs ou à l’autorité de l’Etat, ou favorise la propagande israélienne. «Pourtant, on m’a dit que le film est pro-palestinien», souligne le ministre de l’Intérieur…

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Depuis, Ziad Doueiri  et Joëlle Touma se battent pour que leur film puisse sortir dans leur pays. La carrière de l’Attentat tend à leur donner raison, le film ayant reçu de la part de la critique un accueil unanime doublé d’une carrière exceptionnelle en festivals où il a remporté plusieurs prix :

Festival International du Film de Marrakech – Etoile d’Or  /  Festival ColCoa du film français à Hollywood : Prix du public et Prix spécial de la critique / Festival International du Film de Toronto / Festival du Film de Telluride / Festival International du Film d’Istanbul  / Festival du Film de Genève sur les Droits Humains  / Festival de San Sebastian – Prix spécial du jury  / Festival International du Film Policier de Beaune / Festival Arte Mare – Prix du Public et Prix Cine Kantara France Bleu / MOOOV Film Festival (Belgique) – Prix du public

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Si comme moi, vous pensez que le film doit bénéficier d’une sortie mondiale et notamment au Liban et dans les pays arabes vous pouvez signer la pétition suivante :

http://www.ipetitions.com/petition/revoke-the-decision-to-ban-the-attack-by-ziad/

Le film sortira en France le 29 mai. Je vous propose d’en découvrir la bande-annonce ci-dessous :

Ghost Shot Rétro : Los Olvidados – Luis Buñuel (1950)

J’inaugure ici un nouveau type d’article sur Ghost Shots, qui mettra en valeur un ou plusieurs plans qui nous ont particulièrement marqué dans l’histoire du cinéma.

Réalisé en 1950 par le réalisateur d’origine espagnole Luis Buñuel, alors exilé au Mexique, Los Olvidados s’intéresse à la jeunesse de Mexico, en particulier ses enfants pauvres et souvent livrés à eux-mêmes. Pedro est l’un d’entre eux. Un jour, alors qu’il accompagne El Jaibo, un autre adolescent tout juste sorti de maison de correction, celui-ci commet un crime.

Los Olvidados prend toutes les apparences du film "néoréaliste" : faible budget, tournage en extérieur, intérêt pour les couches défavorisées, acteurs non-professionnels… Cette approche est d’ailleurs clairement exposée dès le générique ("ce film est basé sur des faits réels et tous ses personnages sont authentiques"). Le film démarre sur des airs de documentaire en exposant une bande de gamins défavorisés jouant à la corrida dans un terrain vague.

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Mais cette dimension réaliste se voit troublée à deux reprises particulièrement remarquables, provoquant au passage la surprise du spectateur. La première et la plus importante est une séquence de rêve qui survient après 30 minutes de film. Après avoir été témoin d’un meurtre, Pedro rentre chez sa mère et s’endort dans son lit. La séquence démarre par une musique répétitive et angoissante, agrémentée de nombreux caquètements de poules. Pedro découvre sous son lit le cadavre du jeune homme assassiné précédemment riant aux éclats alors que des plumes semblent tomber du ciel. Notons au passage la lumière magnifique qui vient éclairer les différents niveaux de ce plan. Cette somme d’effets surréalistes typique du rêve permet non pas de nous montrer mais cette fois de nous faire ressentir le sentiment dominant de Pedro : la peur. Sa mère s’approche ensuite du lit pour l’étreindre et lui signifier son amour. On peut y voir le désir de Pedro d’une vie "normale" et du réconfort d’une présence maternelle.

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Mais soudain le souvenir de la réalité semble reprendre le dessus et Pedro demande à sa mère pourquoi elle a refusé de lui donner à manger auparavant. Sa mère se tourne vers lui, présentant soudain un tout autre visage, presque maléfique et amplifié par des éclairs illuminant la pièce. Elle lui tend un énorme morceau de viande tandis qu’une main sort de sous le lit pour s’en saisir et conclure la scène dans le chaos le plus total. Toute la séquence se déroule dans un ralenti qui lui donne un surplus d’étrangeté. Le contraste entre le ton de cette scène et les 30 minutes précédemment écoulées rend son effet encore plus saisissant et nous fait ressentir la somme des angoisses de Pedro d’une manière aussi esthétique qu’efficace.

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La seconde "exception" est beaucoup plus courte mais d’autant plus surprenante qu’elle est porteuse de sens. Envoyé en maison de correction, Pedro travaille dans une ferme. Il se saisit d’un oeuf, le gobe, et soudain le balance en plein dans la caméra, laissant le liquide s’écouler sur l’écran. Un geste totalement inattendu dans un film de ce genre. A travers la caméra, c’est nous que Pedro vise. Nous, spectateurs, qui nous attendrissons sur ces enfants et compatissons à leur sort, que faisons-nous pour leur donner une vie meilleure ? Buñuel nous prend ainsi par surprise et tente de nous réveiller par ce geste qui brise la distance entre le personnage et le spectateur, tout comme il nous expose par ce film la réalité de la misère sans artifices, dans sa violence et sa cruauté. Un plan furtif qu’il est difficile d’oublier après la vision du film.

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Hitchcock – Sacha Gervasi (2012)

Attention : ce film est un spoiler du classique Psychose d’Alfred Hitchcock. Il faut avoir vu le classique de 1960 avant même de tenter Hitchcock. Je serais même tenté de dire qu’il faut tout simplement avoir vu Psychose (indépendamment du film qui fera l’objet de cette critique).

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Que l’on soit cinéphile aguerri ou simple spectateur du dimanche, on ne peut définitivement pas passer à côté de la pointure du cinéma qu’est Sir Alfred Hitchcock. Ce réalisateur anglo-américain (1898-1980) a pendant ses soixante années de carrière offert au public pas moins de cinquante trois longs-métrages.

Ne connaissant que quelques-uns de ses films, je me suis lancé courant 2012 dans un rattrapage de ces grands classiques du cinéma. A chacun d’entre eux, Alfred Hitchcock, même avec cinquante ans de décalage, réussit à me martyriser, me surprendre, me tendre, m’amuser et m’impressionner. Je n’ai pas été déçu d’apprendre que 33 ans après sa mort, le maître du suspense inspire toujours et sortira à nouveau en salle le 6 février à travers le film homonyme Hitchcock. Le réalisateur Sacha Gervasi, à qui on doit Le Terminal, nous offre une introspection dans la vie d’Alfred Hitchcock (Anthony Hopkins) et de sa femme Alma Reville (Helen Mirren) pendant le tournage du très renommé Psychose.

En 1959, Alfred Hitchcock vient de sortir son dernier grand succès La Mort aux trousses (North by Northwest). Il recherche un projet ambitieux qui pourrait le changer de ce qu’il a déjà pu réaliser. Il décide, malgré des premiers retours négatifs, de choisir comme intrigue pour son prochain long-métrage l’histoire du tueur américain célèbre du moment Ed Gein. Le studio Paramount refusant de financer le film, Alfred et sa femme se voient alors dans l’obligation de financer le film qu’il souhaite tant faire. On suivra les problèmes rencontrés et les différentes péripéties vécues par la couple pendant le tournage du film Psychose.

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Présentant avant tout la relation entre Hitch ("Just call me ‘Hitch’. You can hold the ‘cock’") et sa femme Alma, Hitchcock reste malgré tout un hommage au réalisateur et son œuvre. Il semble donc indispensable de connaitre un minimum le personnage, sa filmographie, ses techniques et ses manies afin de pouvoir jouir pleinement du film. Les références jonchent et rythment le film. Certaines sont évidentes, certaines subtiles : une robe, un décor, une musique, un plan-séquence, une phrase, une référence à un de ses films (Psychose, Les Oiseaux, La Corde, Sueurs Froides,…), à un acteur/actrice (James Stuart, Grace Kelly, Vera Miles, Janet Leigh…), un réalisateur (Orson Welles), à ses présentations de film… on se plait à les reconnaître et elles représentent la réelle richesse du film.

Un important travail a également été effectué au niveau du casting. Tout le monde remarquera la métamorphose (déformation) totale et impressionnante de Sir Anthony Hopkins. L’acteur est méconnaissable, mais se rapproche-t-on pour autant de quelque chose ressemblant à Alfred Hitchcock ? Tout le monde ne semble pas d’accord. Cette caricature bouffie ne semble pas être le seul problème. N’étant pas anglophone, je n’ai malheureusement pas pu juger pleinement de la performance de l’acteur, mais au vu de plusieurs critiques, notre acteur ne fait malheureusement pas l’unanimité au niveau prononciation. Hormis Anthony Hopkins, on notera une impressionnante ressemblance (sans trop d’artifices) entre les acteurs d’origine de Psychose et les acteurs de Hitchcock. Et que dire, en toute objectivité, de la plus marquante, la plus magnifique et la plus attachante Scarlett Johansson dans le rôle de Janet Leigh.

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Mais quelle crédibilité doit-on donner au film ? Toute adaptation historique ou biographique soulève forcement la question. Le spectateur du dimanche ne va-t-il prendre pour argent comptant le récit et l’adaptation qui a été faite de ce passage de la vie de Hitch ? Doit-on réellement donner crédit à l’influence d’Alma Reville sur son mari ? Et la performance d’Anthony Hopkins n’influerait-elle pas sur notre perception d’Alfred Hitchcock ? Le public n’étant pas forcément composé que de fanatiques du maître du suspense, j’outrepasserais tous ces questionnements et ne retiendrais au final que le fait que j’ai passé un bon moment. On s’attache aux personnages et à leur histoire (fausse ou pas d’ailleurs). On s’amuse à trouver les références cinématographiques et on suit le tournage de l’un des meilleurs films d’Hitchcock. Si le film pouvait ne serait-ce que donner l’envie à quelques personnes d’approfondir leurs connaissances cinématographiques et les pousser à voir les réalisations d’Alfred Hitchcock, ça pourrait être la meilleure finalité du film.

Le "ghost shot" :

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La scène de douche de Psychose : 7 jours de tournage, 70 plans et une musique stridente et tranchante pour réaliser les trente cinq secondes les plus marquantes du cinéma d’Hitchcock. Cette scène apparaît deux fois dans le film : une fois sur son tournage même et une fois lors de la première du film. J’ai vraiment aimé l’utilisation et le détournement que Sacha Gervasi en a fait pendant le tournage (je vous laisse la surprise), mais mon ghost shot concerne la deuxième. Caché en coulisse, Hitch dirige tel un chef d’orchestre son audience qui hurle et gémit au rythme de ses mouvements de poignard. Parfaite représentation de l’homme qui se plaisait à "always make the audience suffer as much as possible".

Bilan de l’année 2012

La reprise continue sur Ghost Shots, et quoi de mieux pour commencer l’année 2013 que de revenir sur les 12 mois écoulés et nos diverses émotions cinématographiques. Au menu : les Top 10 de chaque rédacteur bien sûr, mais aussi un paquet de nominations bonus pour mettre exprimer nos coups de coeur, de gueule ou de pouce pour les différents films vus cette année. Pour commencer, le très officiel Top 10 de la rédaction parmi les films sortis en salles en 2012.

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Top 10 de l’année 2012 :

1. Laurence Anyways – Xavier Dolan
2. Holy Motors – Leos Carax
3. Les Bêtes du Sud Sauvage – Benh Zeitlin
4. Les Hauts de Hurlevent – Andrea Arnold
5. Amour – Michael Haneke
6. Martha Marcy May Marlene –  Sean Durkin
7. Searching for Sugar Man – Malik Bendjelloul
8. Moonrise Kingdom – Wes Anderson
9. Skyfall – Sam Mendes
10. Titanic 3D – James Cameron

Si l’on compare cette cuvée avec la précédente où quelques films faisaient l’unanimité parmi nous (en particulier le triptyque cannois Melancholia - Drive - The Tree of Life), on remarque que nos avis sont beaucoup plus divergents et nos tops 10 respectifs mettent en avant des films bien différents. Seulement deux films sont cités par chacun d’entre nous : Holy Motors et Moonrise Kingdom, mais c’est bien Laurence Anyways qui sort en tête de ce classement général. Encore beaucoup de films cannois, mais cette année les perles étaient aussi à chercher du côté de la sélection Un Certain Regard (Laurence AnywaysLes Bêtes du Sud Sauvage). On remarque aussi une présence moindre du cinéma américain par rapport à l’an dernier, pas moins de 3 films francophones, et enfin un documentaire qui nous aura récompensé d’avoir attendu les derniers instants de l’année 2012 pour faire ce bilan.

Voici les Top 10 de chacun :

Alban Ravassard
1. Holy Motors
2. Les Hauts de Hurlevent
3. Amour
4. Martha Marcy May Marlene (sa critique)
5. L’Odyssée de Pi
6. Moonrise Kingdom
7. Cosmopolis
8. Looper
9. Skyfall
10. Elle s’appelle Ruby
Pierre Ricadat
1. Laurence Anyways
2. Les Bêtes du Sud Sauvage
3. Searching for Sugar Man (sa critique)
4. Holy Motors
5. The We and the I
6. 2 Days in New York
7. I Wish (sa mini-critique)
8. Le Hobbit : un voyage inattendu
9. The Raid (sa mini-critique)
10. Moonrise Kingdom
Carole Bogdanovscky
1. Amour
2. Les Bêtes du Sud Sauvage
3. Laurence Anyways
4. Holy Motors
5. Bullhead (sa critique)
6. Barbara
7. Les Hauts de Hurlevent
8. Moonrise Kingdom
9. Martha Marcy May Marlene
10. De rouille et d’os
Caroline de Regnauld
1. Titanic 3D (sa critique)
2. The Dark Knight Rises
3. Skyfall
4. Royal Affair
5. La Taupe
6. Extrêmement fort et incroyablement près (sa critique)
7. Dark Shadows
8. De rouille et d’os
9. Holy Motors
10. Moonrise Kingdom
Benoit Weber
1. Laurence Anyways
2. Rebelle (War Witch)
3. Les Hauts de Hurlevent
4. Searching for Sugar Man
5. Martha Marcy May Marlene
6. Les Bêtes du Sud Sauvage
7. I Wish
8. Moonrise Kingdom
9. Amour
10. Holy Motors

Le « coup de cœur » de l’année :

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Alban : Perfect Sense de David MacKenzie. Un véritable petit bijou passé quasiment inaperçu en France et porté par un duo d’acteurs magnifiques (Ewan McGregor et Eva Green). David McKenzie, sans révolutionner le genre post-apocalyptique, nous le fait vivre de manière simple par le vecteur d’une histoire d’amour devenant progressivement impossible. Bluffant.
Pierre : Saya Zamurai de Hitoshi Matsumoto, le rayon de soleil de l’année (voir ici).
Carole : Les Femmes du Bus 678 de Mohamed Diab. Un sujet contemporain sensible (le harcèlement sexuel ordinaire en Egypte) traité avec empathie et lucidité. Le premier long métrage d’un réalisateur à suivre.
Benoit : Rebelle de Kim Nguyen. Quelque part en Afrique, on suit Komona, 12 ans, qui se fait embrigader dans l’armée rebelle : une histoire on ne peut plus dramatique et violente traité d’une manière singulière et touchante. Je rejoins également Alban sur Perfect Sense : subtile utilisation du genre au service d’une histoire d’amour.

Le raté de l’année :

Alban : Savages de Oliver Stone, film boursouflé, sur-stylisé. Oliver Stone est devenu une caricature de lui-même. La bande-annonce laissait présager du meilleur et finalement nous avons droit au pire : un récit grand-guignolesque sans queue ni tête où les acteurs cabotinent. Sans compter un faux twist pitoyable en fin de film. A zapper.
Pierre / Carole : Prometheus de Ridley Scott. La campagne marketing du film laissait espérer un film du niveau d’Alien, sévère a été la déception avec notamment ce scénario complètement indigeste à force de vouloir trop en mettre. Alien était simple et en montrait très peu, Alien était un chef d’oeuvre.
Benoit : Argo de Ben Affleck, ou comment ne pas rendre crédible une histoire vraie. Autant au niveau de la réalisation que du jeu d’acteurs, de la musique… tout semble avoir été mis en place pour décrédibiliser le tout. On n’y croit à aucun moment. Ça ressemble à une énorme farce qui en fait n’en est pas une. Aucun suspens et une fin sur-crémeuse et gnangnan. Même Avengers reste plus crédible. Passez ce film et attendez Zero Dark Thirty pour voir un vrai film sur la CIA.

Mention spéciale « WTF ? » :

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Alban : Wrong de Quentin Dupieux, découvert en salles cette année. Après Rubber qui m’avait déjà séduit par son concept et son humour noir absurde, Quentin Dupieux en remet une couche avec une histoire farfelue aux consonances Kafkaïennes dans laquelle excelle Eric Judor en cow-boy déjanté. Un must-see bourré d’idées visuelles et narratives novatrices.
Pierre : Solution de Kim Gok et Kim Sun, vu au Seoul Independant Film Festival 2012. Un film où une émission de télévision tentera de résoudre le dramatique problème d’une famille : le jeune fils n’accepte de se nourrir que des excréments des autres membres de sa famille ! Lesquels excréments sont représentés par une sorte de pâte à modeler verte et la "solution" nécessitera l’intervention d’une chamane…
Caroline, Carole et Benoit : Holy Motors de Leos Carax. Grosse surprise. Étonnant et perturbant.

Le film survendu de l’année :

Alban : Les Bêtes du Sud Sauvage de Benh Zeitlin. Énorme succès critique et public, ce premier long-métrage d’un cinéaste américain âgé de 30 ans m’a laissé mitigé. Beau sujet, très belle mise en scène mais je trouve qu’il tire trop vers le tire-larmes car trop certain de ses effets et de l’impact émotionnel de son film. Un film de petit malin talentueux en somme pour lequel j’aurais aimé voir plus de sincérité et moins d’artifices. Car à mon sens la poésie du film n’est pas assez bien exploitée.
Pierre : Mourning de Morteza Farshbaf, honoré du Lotus Asia du meilleur film à Deauville pour des raisons que mon esprit rationnel est incapable d’imaginer… Et au sein de cette rédaction, Les Hauts de Hurlevent, que j’ai trouvé à côté de la plaque.
Benoit: Argo, The Dark Knight Rises, Prometheus et The Hobbit. Mention spéciale "Scandale" à Argo qui reste en lice pour les Oscars…
Caroline : Avengers de Joss Whedon
Carole: The Dark Knight Rises de Christopher Nolan

Meilleur premier film de l’année :

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Alban : Ombline de Stéphane Cazes : l’électrochoc de cette année. Stéphane Cazes traite d’un sujet potentiellement mélo et lourd sur le papier (le quotidien des jeunes mères en prison). Évitant tous les écueils que peuvent déployer habituellement ce genre de récits, le réalisateur parvient à nous toucher en plein cœur sans être démonstratif. Un film juste et touchant, porté par la magnifique interprétation de Mélanie Thierry.
Pierre et Benoit : Les Bêtes du Sud Sauvage de Benh Zeitlin. Un film magique qui nous transporte dès sa scène d’ouverture pour ne nous relâcher qu’1h30 plus tard, une fable sur le passage à l’âge adulte pleine de poésie où l’imaginaire occupe une place centrale. Benh Zeitlin semble comme nous subjugué par sa jeune actrice et parvient à nous restituer son environnement, ses émotions de manière subtile et profonde. Once there was a Hushpuppy, and she lived with her daddy in The Bathtub.

La petite perle des années précédentes que j’ai découverte en 2012 :

Alban : Bronson de Nicholas Winding Refn. Un véritable uppercut cinématographique que j’avais loupé en salles. Mieux vaut tard que jamais pour découvrir ce portrait  du criminel le plus célèbre d’Angleterre. Au programme, une mise en scène au cordeau et un montage incisif procurant au film un rythme effréné mais jamais fatigant. Un véritable OFNI sur lequel se ruer d’urgence ne serait-ce que pour l’interprétation bluffante d’un Tom Hardy méconnaissable.
Pierre : The School of Rock de Richard Linklater. Trois minutes de Jack Black grimaçant et gigotant dans tous les sens avec sa guitare auront suffi à ériger ce film dans mon panthéon des meilleurs comédies et feel-good movies de tous les temps. Un modèle de rythme.
Benoit : Valse avec Bachir d’Ari Folman. Magnifique. L’animation au service du documentaire. Tout simplement bluffant visuellement, musicalement et moralement.

Le film que je regrette d’avoir loupé cette année :
Alban : Faust d’Alexandre Sokourov. Lion d’or au Festival de Venise et précédé d’une excellente réputation critique, ce film m’intrigue notamment pour le travail opéré sur les couleurs par le réalisateur, basé sur des aquarelles qu’il a lui-même réalisé. Rattrapage en DVD imminent.
Pierre : Cosmopolis de David Cronenberg. Un film sur lequel j’avais d’énormes attentes avant d’être bêtement refroidi par les échos négatifs. De manière générale j’ai beaucoup de mal avec le Cronenberg post-eXistenZ. Le Cronenberg le plus intéressant pourrait-il être son fils Brandon, réalisateur d’Antiviral, qui sort sur les écrans début 2013 ?
Caroline et Benoit : La Chasse de Thomas Vinterberg.
Carole : The We and the I de Michel Gondry.

Le chef-d’oeuvre vu en 2012 et qui sortira en 2013 :

Alban : No de Pablo Llarain (sortie 6 mars 2013).
Benoit : Cloud Atlas, Zero Dark Thirty : bons films mais à ne pas classer en tant que chefs d’oeuvre. Cloud Atlas pour sa réalisation et son maquillage, Zero Dark Thirty pour Jessica Chastain qui tient le film de A à Z !

Les films de 2013 que nous attendons avec impatience :

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Spring Breakers de Harmony Korine, Le Transperceneige de Bong Joon-ho, Gravity d’Alfonso Cuarón, À la merveille de Terrence Malick, Only God Forgives de Nicolas Winding Refn, Before Midnight de Richard Linklater, A Pele do Cordeiro de Paulo Morelli, Mud de Jeff Nichols, Nymphomaniac de Lars Von Trier, L’écume des jours de Michel Gondry, Antiviral de Brandon Cronenberg.

Et vous, quels sont vos coups de coeur de l’année, et qu’attendez-vous pour 2013 ?

Searching for Sugar Man – Malik Bendjelloul (2012)

Ca y est, après plusieurs mois de pause, Ghost Shots reprend enfin du service ! En espérant vous faire partager nos coups de coeur comme nos plans fétiches, qu’ils soient obscurs ou évidents, dans l’actualité du moment ou totalement improbables, et cela le plus longtemps possible. D’ailleurs, si l’aventure vous intéresse, que ce soit pour un article ou plusieurs, n’hésitez pas à nous contacter.

Searching for Sugar Man… Un titre mystérieux pour ce documentaire réalisé par un jeune suédois, qui n’aurait sans doute jamais attiré mon attention sans un bouche à oreille éloquent et ô combien mérité.

searching-for-sugar-man-1Il n’est pas aisé de vous parler de ce film pour la simple raison qu’il est préférable de ne rien connaitre à son sujet pour en apprécier toutes les qualités et vivre une séance à la fois haletante et bourrée d’émotions. Je vous incite donc dans un premier temps à m’accorder une confiance aveugle et absolue et à vous ruer sans plus attendre dans l’une des (trop rares) salles qui diffusent le film. Et si vous souhaitez quand même lire ces lignes rassurez-vous, je ne dévoilerai rien qui vous gâche ce plaisir.

Partons du point de départ du film : un musicien américain connu sous le nom de Rodriguez connait un succès phénoménal en Afrique du Sud à partir des années 70, devenant le héros d’une jeunesse afrikaans anti-apartheid. Pourtant, à part deux albums sortis en 1971 et 1972 puis réédités à de multiples reprises en Afrique du Sud, personne ne connait quoi que ce soit sur lui. Les rumeurs les plus folles circulent à son sujet : il serait mort sur scène en plein concert, après s’être tiré une balle dans la tête voire carrément s’être immolé par le feu. A la fin des années 90, deux sud-africains décident de se lancer dans une enquête pour connaitre la vérité sur ce chanteur légendaire qui a marqué leur vie.

Searching for Sugar Man nous embarque ainsi dans une aventure assez rocambolesque et pleine de surprises. Si le film profite évidement du caractère exceptionnel de son sujet, il a le mérite de le traiter de façon admirable. Malik Bendjelloul a choisi une narration chronologique pour permettre au spectateur de ressentir les émotions des protagonistes lors de leur "quête", notamment leurs instants d’euphorie suivant chaque découverte. Il y parvient très habilement, et le film se vit parfois comme un thriller plein de rebondissements, ce qui est plutôt rare dans le genre documentaire qui nous a plutôt habitué à un rythme très posé.

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Parallèlement à cette enquête enrichie de différents témoignages d’anciens proches ou collaborateurs qui nous permettent de découvrir l’homme qu’est Rodriguez, nous découvrons aussi et surtout l’artiste, à travers ses mélodies, ses paroles, sa voix. Large place est donc laissée à la musique, celle-ci étant mise en valeur de façon particulièrement juste et non-intrusive grâce aux images conçues par le réalisateur (avec parfois un peu d’animation au rendu très chouette). De longs travellings latéraux le long des rues de Detroit, de ses immeubles délabrés, de ses chantiers et de ses bars glauques. Juste de quoi nous mettre dans l’ambiance des lieux où chaque mot trouve une résonance particulière, et nous plonger tout entiers dans la musique de Rodriguez.

Au bout de ce voyage quasi fantastique (pour ne pas dire fantasmagorique), une profonde réflexion s’engage sur l’art, le succès, le bonheur. L’art peut-il changer la vie ? Qu’est-ce qui fait le succès ? Quelle est la part de chance et de mérite ? (vous avez 4 heures) Beaucoup de questions restent en suspens et l’on ne peut cesser de refaire l’histoire avec des "si". Une chose est certaine, en sortant du film vous n’aurez qu’une envie : écouter Rodriguez.

Le "ghost shot" :

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Les documentaires portant sur une histoire passée et principalement basés sur des interviews peuvent s’avérer assez plan-plan. Comment faire ressentir au spectateur l’émotion d’un instant qui n’a pas pu être capté par la caméra, autrement que par la parole ? C’est ce qu’a très bien réussi à faire Malik Bendjelloul, notamment dans ce très beau plan où s’associent à merveille la musique, l’image et la portée dramatique de l’évènement.

Titanic 3D – James Cameron (1997-2012)

Southampton, avril 1912. La White Star Line inaugure son dernier bijou : le Titanic, le « paquebot de rêve. » Insubmersible… jusqu’à un point. Les classes s’entrechoquent, Jack, l’artiste vagabond et Rose, héritière de la famille DeWitt Bukater, tombent amoureux et, contre toute attente, le paquebot rêvé coule. C’est une des histoires de cinéma les plus connues au monde depuis la sortie en France en janvier 1998  de Titanic, le film qui a propulsé ses acteurs et son réalisateur au plus haut de l’iceberg hollywoodien.

Avant Titanic 3D, il y a eu l’énorme succès en 3D d’Avatar, du même réalisateur, James Cameron, qui avait d’ailleurs battu le record au box-office de Titanic. Cette fois-ci, il s’agissait de convertir des images 2D préexistantes en 3D. Une production qui a couté 18 millions de dollars pour soixante semaines de travail et réuni plus de 300 spécialistes numériques.

Cameron est un perfectionniste et un as de la technique. S’il n’y a qu’une chose que l’on doit retenir de son œuvre, outre son « Je suis le roi du monde ! », c’est son enthousiasme pour les nouvelles technologies, tout autant que sa dextérité en la matière. Il avait créé, avec son frère Michael, une caméra spéciale pour filmer l’épave du Titanic et, quelques années plus tard, révolutionné la 3D au cinéma avec Avatar. Ici, il réussit à magnifier son plus grand film en invitant les spectateurs à bord du navire. Le résultat est tellement époustouflant par moments qu’on en vient presque à avoir le mal de mer… Le réalisme nous prend au corps et on se demande même si l’expérience ne se rapproche pas un peu trop du voyeurisme.

L’atout principal en faveur de cette conversion est sans aucun doute l’eau. C’est elle qui donne la profondeur suffisante, qui donne toute sa dimension à ce projet. L’exploration de l’épave, au début du film, est alors impressionnante. Le deuxième élément est évidemment le Titanic lui-même, avec ses multiples couloirs, ponts et étages. Et quand les deux s’entrechoquent, au cœur de la nuit du 14 avril, l’effet est renversant. Dès que la réalisation est au plus près de l’océan, que la caméra est au bord de l’eau, le spectateur s’attend presque à ressentir le froid qui devrait s’en dégager. Tous ses sens sont en alerte.

La 3D sublime les sensations, le naufrage, la performance des acteurs, les costumes, les décors… mais elle révèle également les effets spéciaux un peu vieillissants aperçus, particulièrement, dans les plans larges du bateau à quai ou en route pour New York. Et comme pour tout film en relief, l’œil a du mal à s’adapter aux séquences très mouvementées, notamment les courses-poursuites.

Mais l’expérience ne laisse pas indifférent. Les médias, et la société en général, rabâchent depuis près de quinze ans les travers du film, notamment la fin et les dialogues ringards, et la chanson sirupeuse chantée par Céline Dion, mais le film fonctionne encore. Les gens rient, sortent leurs mouchoirs, applaudissent à la fin, réagissent comme à l’époque. C’est à ça qu’on mesure l’impact d’une œuvre, c’est ça qui différencie un film populaire d’un très grand film populaire. La passion qui a nourri Cameron et qui, c’est certain, est à l’origine de ce succès, reste intacte. Le film n’est pas abimé.

Leurs personnages restent, paradoxalement, intemporels mais Kate Winslet et Leonardo Di Caprio ont évolué et c’est un plaisir de les revoir à leurs débuts (ou presque). Particulièrement ce dernier, qui, c’est tout à son honneur, n’a jamais voulu se remettre dans les godillots d’un héros éternellement innocent et romantique.

Finalement, le mot d’ordre de cette nouvelle apparition de Titanic au cinéma est bien « retenue ». Un joli tour de force pour un film qui avait coûté plus de 200 millions de dollars, un record à l’époque et à qui on prédisait un véritable naufrage…

Le « ghost shot » :

Jack et Rose, poursuivis par Caledon Hockley, arme au poing, sont forcés de se jeter dans les entrailles du bateau en perdition. Ils viennent de descendre le très bel escalier de première classe. Dans ce plan large, le spectateur a tout le loisir de saisir le chaos régnant à l’intérieur du navire. L’eau est partout, souveraine et destructrice. Elle est en train d’engloutir tout un monde, qui, il n’y a que quelques heures, régnait magistralement, et avec arrogance, sur les éléments. La version 3D amplifie extraordinairement ce bouleversement et permet au spectateur de ne plus seulement le voir, mais de le ressentir et de le craindre.

Bilan Deauville Asia 2012

Une semaine après sa clôture, retour sur cette 14ème édition du Festival du Film Asiatique de Deauville : une quinzaine de films parmi lesquels quelques grosses satisfactions. Petit compte-rendu des films visionnés écrit à quatre mains.

1) Compétition Officielle

Baby Factory – Eduardo Roy Jr

Arrivé à la bourre dans un CID surchauffé, les dix premières minutes de ce film philippin en mode documentaire au sein d’une maternité bondée m’ont vite refroidi et laissé un vague sentiment de traquenard. Heureusement peu à peu, le film commence à s’intéresser à des personnages, des destins, et nous donne enfin quelque chose à quoi s’accrocher. Ca n’est pas non plus captivant, on est parfois plus proche du soap que du film, même si quelques moments s’avèrent assez touchants et qu’on peut apprécier que le film ne tombe pas totalement dans le misérabilisme malgré un contenu qui s’y prêtait. Au niveau de la forme, c’est assez laid, au mieux maladroit comme cet improbable 360° autour du personnage principal. On évite les plans fixes, c’est déjà ça. Au final, j’en retiens la sensation amusante qui se dégage de cet enchevêtrement sonore continuel de pleurs de bébés et d’une petite musique de Noël en 8 bits, qui finissent par se mélanger sans qu’on n’y fasse plus attention. — Pierre Ricadat

Saya Zamurai – Hitoshi Matsumoto

Hitoshi Matsumoto m’avait irrité il y a deux ans avec son Symbol, partant d’une idée géniale mais qui ne tenait pas la longueur. Le début de ce Saya Zamurai m’a fait craindre le même résultat : un samouraï condamné à mort se voit donner l’opportunité de survivre à condition qu’il arrive à faire sourire le tristounet rejeton du seigneur local, à raison d’une tentative par jour pendant 30 jours. On l’aura compris, l’occasion de se laisser aller à un défouloir d’idées loufoques et absurdes. A ce titre, mission accomplie, la plupart des gags étant hilarants (ma préférence va au kaléidoscope humain). Mais le film va plus loin et dépasse l’anecdotique par la relation qu’il construit entre le condamné à mort, sa petite fille (plus mignon tu meurs) et ses deux geôliers. Une relation qui permet d’éviter assez subtilement la répétition des gags et qui finit même par nous toucher profondément alors qu’on ne s’y attendait pas, lors d’un final que j’ai trouvé absolument sublime. Un vrai rayon de soleil. – Pierre Ricadat

Beautiful Miss Jin – Jang Hee-chul

Dans la lignée du Journals of Musan de l’an dernier, Deauville nous ressert un film coréen à message "social". Cette fois-ci, point de réfugié nord-coréen mais trois sans-abris dont une fillette abandonnée. Point plutôt appréciable, les trois compères (notamment la fameuse Miss Jin) sont assez amusants et ne semblent pas transpirer le mal-être à chaque plan (contrairement à ceux de Pink, voir plus loin). Au contraire, ce sont plutôt les personnages extérieurs qui semblent s’apitoyer (ou pas) sur leur sort et constituent ainsi les ressorts narratifs de ce drame. Un road-movie aurait peut-être été un choix plus facile, puisqu’ici le film tourne un peu en rond sans s’avérer désagréable. – Pierre Ricadat

Mourning – Morteza Farshbaf

Le voici, mon grand supplice de cette édition 2012 ! Ce film qui pourtant est le plus court de la compétition, mais qui finalement semble le plus long. Mourning commence par une longue scène d’engueulade dans le noir. Ensuite, il nous inflige une impressionnante et interminable série de plans d’une voiture à travers la cambrousse iranienne, avec pour unique et vague stimulation des sous-titres défilants à l’écran. On peine à comprendre leur intérêt (j’ai d’abord pensé à un problème de synchronisation), puis on essaye de s’y intéresser parce que vraiment il ne se passe rien à l’écran, sans effet. Avant de finalement comprendre le hic : les deux personnages principaux sont muets. Et donc que Mourning, c’est une certaine idée de la cruauté : le mélange d’un long voyage en autoroute et d’un silence qui met mal à l’aise. Pour être simple et concis : c’est laid et inintéressant. Alors bien sûr, le réalisateur a de bonnes intentions, il fait son film dans des conditions difficiles, etc. Mais ça ne rend pas son film défendable pour autant. – Pierre Ricadat

I carried you home – Tongpong Chantarangkul

Deux sœurs qui ne se parlent plus sont réunies par la mort de leur mère. Le voyage pour ramener le corps dans leur maison natale sera l’occasion de renouer le dialogue et le contact. En à peine plus de deux lignes je vous ai résumé l’intégralité du contenu dramatique du film. On assiste alors près de deux heures durant à un road movie essentiellement silencieux, doublé de  nombreux flashbacks précédents le drame. C’est long, vide, ennuyant. La mise en scène est elle, par contre, assez originale et un soin particulier est apporté aux cadres, parfois presque trop composés, ce qui rend l’image artificielle.  Les intentions auteuristes du réalisateur se dégagent plus que le propos narratif du film et l’on se retrouve donc à subir les affres d’un récit sans rebondissements qui nous réservera tout de même un ou deux moments burlesques intéressants. Malheureusement, tout cela est aggravé par une fin qui n’en finit justement pas et qui s’étire en longueur sans rien avoir à raconter de plus. Épuisant comme un long voyage sans but. – Alban Ravassard

Himizu – Sono Sion

Autant dire que j’attendais avec impatience le nouveau film de Sion Sono. Cette fois il se détache de ses obsessions habituelles pour se reconnecter à la réalité en plaçant son histoire dans un Japon post-Fukushima. Le film s’ouvre d’ailleurs sur sur un long travelling latéral qui traverse les décombres laissées par la catastrophe, à ciel ouvert. Mais le film est aussi à cœur ouvert. Plus mature, moins gore, moins violente mais forcément excessive, l’histoire développée par Sion Sono est inégale mais néanmoins captivante. On notera par ailleurs la présence d’une forte note d’espoir à la fin du film. Cela n’empêche pas le réalisateur japonais d’explorer une nouvelle facette de son thème de prédilection, à savoir l’éclatement de la cellule familiale.  En filigrane c’est aussi un portrait sans concession de la société japonaise contemporaine qui est dressé sous nos yeux. Une charge violente, doublée d’une histoire d’amour un peu foutraque mais terriblement émouvante. – Alban Ravassard

2) Action Asia

Warriors of the Rainbow : Seediq Bale – Wei Te-sheng

Un film qui aurait pu être pas mal sur le papier. Malheureusement, il souffre d’un scénario beaucoup trop caricatural (les méchants japonais, tout ça…), qui en plus se retrouve charcuté par cette version internationale amputée de deux bonnes heures par rapport à la version originale (et pourtant c’est déjà long, très long). Quant aux scènes d’action, elles sont atrocement mal réalisées avec abus de ralenti et d’accéléré (pour masquer la misère ?) et ses incrustations 3D absolument ridicules. Le film surprend tout de même par ses brefs instants de cruauté (les Seediq se suicident au moins autant qu’ils ne sont tués par les Japonais, on a même droit à un jet de bébé dans le vide par sa propre mère) parfois improbables comme ce gamin charismatique cavalant la machine gun au vent. La curiosité pousserait à vérifier ce que donne la version originale de plus de 4 heures. La raison m’en dissuade. – Pierre Ricadat

The Sorcerer and the White Snake - Tony Ching siu‐tung

Plutôt agréable surprise que ce film qui emprunte autant au film d’action qu’au mélo à l’eau de rose (ces scènes de baisers sous l’eau !). L’univers fantastique du film, son ton léger et ses effets spéciaux apparents (et pas très beaux) sont totalement assumés, ce qui évite une sensation de décalage désagréable. On a donc droit à une souris qui parle, un moine chauve-souris et deux jolies femmes serpent. Rien de bien notable ni impressionnant mais ça se regarde avec un léger sourire. – Pierre Ricadat

The Sword Identity – Xu Haofeng

Film extrêmement surprenant et déroutant que ce Sword Identity. D’abord puisqu’il s’agit d’un film sur les arts martiaux et le maniement des armes mais qui ne comporte quasiment aucune scène d’action : celles-ci sont soit très courtes, soit dans des ellipses, soit hors champ. On y parle beaucoup, mais rien de ce qui est évoqué sur le combat n’est visible à l’écran où tout est mou et sans charisme. Le scénario est également étrange puisque chaque grand guerrier qui nous est présenté se fait rosser par une débutante armée d’un bâton d’une manière complètement ridicule. On assiste donc au film de manière gênée sans trop savoir s’il s’agit d’une étrange parodie ou d’un ratage en règle. – Pierre Ricadat

Wu Xia – Peter Ho-sun Chan

Déjà découvert au dernier festival de Cannes hors compétition, Wu Xia est un sympathique film de kung-fu efficace bourré de références, notamment concernant son personnage de détective, croisement entre Sherlock Holmes et Les Experts. Reste que le récit, bien que classique, est agréablement mené. Le film offre quelques scènes d’action spectaculaires mais reste souvent parasité par l’abus d’effets visuels pas toujours efficaces ni utiles au bon déroulement du récit. On sort néanmoins de la salle avec un sentiment plutôt positif, dû notamment à certaines belles idées de mise en scène. Divertissant.  – Alban Ravassard

War of the Arrows – Kim Han-min

Les films coréens en costume ont rarement donné satisfaction ces dernières années, il y avait donc beaucoup à craindre de ce blockbuster succès de 2011 en Corée. Et pourtant, bonne pioche cette fois-ci. Après une mise en place classique, trop longue et explicative, le film a le bon goût de nous éviter des batailles à grands renforts de figurants et part sur une chasse à l’homme en forêt entre notre héros et une bande de barbares mandchous. Ceux-ci sont, il faut le dire, terriblement classes et cette poursuite se révèle captivante avec quelques grands morceaux de bravoure comme la traversée d’un ravin ou l’attaque d’un tigre. La cinégénie du tir à l’arc a été parfaitement exploitée par le réalisateur qui s’en donne à coeur joie. On pardonnera donc au héros (sorte de Rambo des Bois) d’éviter les flèches adverses un peu trop facilement, ce qui permet quand même de faire durer un peu le plaisir. – Pierre Ricadat

The Raid – Gareth Evans

S’il y a bien un film qui était attendu dans ce festival, c’était bien The Raid. Attentes relevées haut la main pour ce film d’action absolument dément. Le pitch est des plus basiques : une escouade de policiers lance l’assaut d’un immeuble détenu par un parrain local. Très vite, ils se retrouvent isolés à l’intérieur, à la merci de forcenés de toutes sortes. Je n’avais pas souvenir d’avoir vu un film d’action avec un tel rythme, une telle virtuosité dans la mise en scène et les combats. Ceux-ci se révèlent particulièrement imaginatifs : pistolets, mitraillettes, machettes, couteaux, marteau ou même frigo piégé, et surtout à mains nues (le seul moyen de prendre du plaisir, comme le dit si bien l’un des personnages les plus déments). Chaque coup porté fait mal, blesse, casse, avec une lisibilité autant impressionnante que jubilatoire. Par ses bonnes idées narratives, ses personnages charismatiques (les plus forts ne payent d’ailleurs pas de mine, ce qui les rend d’autant plus géniaux), sa superbe ambiance sonore, le film propose des moments de tension extraordinaires. La scène où le chef mafieux lance l’appel à tous les habitants de l’immeuble de se rendre à l’étage des policiers piégés pour les descendre m’a rappelé ni plus ni moins la tension d’Aliens dans laquelle les GIs voient les bestioles fondre sur eux au radar. The Raid est un chef d’oeuvre du cinéma d’action. Et du grand cinéma, tout simplement. – Pierre Ricadat

3) Hors Compétition

I Wish – Nos Voeux Secrets – Hirokazu Kore-eda

Je ne suis pourtant pas adepte des films mettant en scène des enfants, mais ce film m’a profondément touché. On y suit en parallèle le quotidien de deux jeunes frères dont les parents sont séparés, chacun vivant avec l’un d’eux. Tout le film est filmé du point de vue des enfants, à leur hauteur. Beaucoup plus profond que ses bons sentiments apparents, le film évoque aussi leurs doutes, leurs peurs, et peut-être ce qui feront d’eux les adultes qu’ils seront plus tard. Leur lucidité est parfois surprenante, comme lors d’une scène délicieuse où l’un des enfants discute avec son père (Joe Odagiri) de la nécessité des choses inutiles dans la vie. Le film s’envole réellement dans sa deuxième partie où les enfants décident de se rejoindre. I Wish recèle une vitalité particulièrement communicative. Mais surtout, à les voir courir éperdument vers le lieu de leur quête, la sensation retrouvée d’une âme d’enfant où tous les rêves sont encore possibles. – Pierre Ricadat

Headshot – Pen-ek Ratanaruang

Etrange film noir que ce Headshot, dont le concept de base est original et intéressant : soit l’histoire d’un tueur à gages qui, après avoir survécu à une balle prise en pleine tête, se met à voir le monde à l’envers, littéralement. Ce concept n’est en fait pas le vrai sujet du film, qui développe à la place une narration complexe et déstructurée, qui emprunte tous les codes du film noir et nous livre un film esthétiquement bluffant au récit passionnant. Une vraie curiosité donc, dont la compréhension n’est pas toujours aisée (notamment par la trop grande similitude de certains repères temporels). De plus, les comédiens sont captivants et la scène d’ouverture, bluffante, est la meilleure qu’il m’ait été donné de voir au cinéma depuis des années. A (re)découvrir à sa sortie en salles. – Alban Ravassard

Pink – Jeon Soo-il

Jeon Soo-il a ses entrées en France, et la présence de ce film Pink hors compétition à Deauville n’y est sans doute pas étrangère. Le film se déroule sans rythme, sans dialogues ou presque, sans enjeux, dans une ambiance absolument mortifère autour de quelques personnages totalement neurasthéniques. Avec comme seuls élans d’audace (ironie) un rapport au corps assez malsain qui nous donne le droit de voir ses personnages uriner ou se laver les parties intimes. Et lorsqu’enfin le réalisateur se décide à dévoiler les blessures derrière son personnage principal, il le fait à travers des visions répétitives d’une lourdeur proche du ridicule en plus de ne mener nulle part. Pris indépendamment, quelques plans ou scènes peuvent séduire (notamment celles sur la plage), mais cette accumulation de néant semblant célébrer la souffrance de vivre donne juste envie de se jeter à la mer. – Pierre Ricadat

Au final, une sélection plutôt variée dans laquelle le thème de la relation parent-enfant aura été omniprésent. S’il le fut souvent de manière lourde et laborieuse, le salut est venu du cinéma japonais qui nous a apporté les trois meilleurs films (avec The Raid), trois visions totalement différentes, inventives et sensibles. La section Action était particulièrement satisfaisante, surtout si on la compare à celles de ces dernières années. Un mot enfin sur le choix assez incompréhensible des deux jurys qui ont quand même réussi la prouesse d’ignorer l’évidence absolue que constituait The Raid (à côté duquel le lauréat Wu Xia fait pâle figure) et de récompenser du prix principal le non-film que constitue Mourning, laissant Sono Sion se contenter pour la deuxième année consécutive du Prix de la Critique Internationale (dont on aimerait bien savoir de qui il s’agit). C’était bien la peine d’inviter au moins autant de jurés que de films pour pondre un choix pareil !

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